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Mardi 12 septembre 2006 2 12 /09 /2006 21:50

Dossier :CONPLAN 8022. Les Etats-Unis préparent des frappes nucléaires préventives...



Soixante ans après les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki, les Etats-Unis reviennent sur leur politique d’après-guerre, ne s’interdisant plus une première frappe nucléaire. Les « mini-bombes » pouvant servir à frapper l’Iran ou la Corée du Nord seraient déjà déployables.

Cet article est exceptionnellement tiré de l’édition du 3 juin 2005 de Nouvelle Solidarité.

Le gouvernement américain a d’ores et déjà arrêté des plans d’urgence prévoyant l’utilisation d’armes nucléaires dans des attaques préemptives contre au moins deux pays, l’Iran et la Corée du Nord. Le nouveau plan de « frappe globale » a été dévoilé dans le Washington Post du 15 mai par William Arkin, un ancien analyste du renseignement de l’Armée. Les grandes lignes de ses conclusions nous ont été confi rmées par de hauts responsables du renseignement américain, qui établissent un lien entre ce nouveau plan et l’échec des bombardements conventionnels massifs en Afghanistan et en Irak, ainsi que la désastreuse occupation de l’Irak.

La guerre d’Afghanistan fournit à l’aviation américaine l’occasion de tester, sur le terrain, des bombes anti-bunkers conventionnelles de forte puissance, censées pénétrer et faire exploser des cibles souterraines en béton. Mais il semblerait qu’en arrivant sur place pour constater les dégâts, les troupes américaines ont découvert que les bunkers des talibans et d’Al-Qaida dans les montagnes étaient toujours, pour l’essentiel, intactes.

Ensuite, la débâcle en Irak a mis en évidence d’autres vulnérabilités de l’armée américaine. Il apparaît donc clairement aujourd’hui que l’ancienne doctrine militaire américaine, basée sur la capacité de mener simultanément deux confl its prolongés, ne tient plus. Un officier du renseignement de haut rang, qui a voulu garder l’anonymat, a confi rmé que « de tels engagements ne sont plus possibles, comme le montre l’occupation de l’Irak. On s’oriente donc de plus en plus vers une doctrine de guerres éclairs. Sinon, le statut de l’Amérique en tant que dernière superpuissance globale perdrait toute crédibilité. » Le nouveau plan de frappe globale se base sur l’« illusion » selon laquelle il serait possible de mettre au point des armes nucléaires de faible puissance qui ne contamineraient pas la zone visée et ne provoqueraient pas la mort massive de populations. En outre, cette source estime que lorsque l’on parle d’attaquer la Corée du Nord, cela signifi e, en fi n de compte, une guerre avec la Chine...

L’Executive Intelligence Review du 27 mai dénonçe la nouvelle doctrine militaire américaine, inspirée par Dick Cheney
CONPLAN 8022

Dans le Washington Post, Arkin présente une chronologie des récentes mesures prises par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld en vue d’une guerre nucléaire préemptive. Son aperçu actualise la chronologie publiée par l’Executive Intelligence Review le 7 mars 2003, qui mentionnait en outre le rôle crucial joué par Dick Cheney et John Bolton dans la nouvelle doctrine. Arkin écrit : « Au début de l’été dernier [2004], le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a approuvé un ordre hautement secret, l’"Interim Global Strike Alert Order", qui somme l’Armée de se tenir prête à attaquer des pays hostiles qui mettent au point des armes de destruction massive [ADM], notamment l’Iran et la Corée du Nord. (...) Dans le monde secret de la planification militaire, la "frappe globale" est le terme censé décrire une attaque préemptive spécifi que. Quand les responsables militaires évoquent une frappe globale, ils insistent sur les éléments conventionnels. Cependant, curieusement, elle comprend aussi une option nucléaire qui va à l’encontre des notions traditionnelles du rôle défensif des armes nucléaires. »

Selon Arkin, le projet de frappe globale remonte à une directive présidentielle secrète de janvier 2003, dans laquelle le président Bush dé- fi nissait une frappe globale « sur tout le spectre » comme étant « la capacité de livrer rapidement et à une portée étendue des effets cinétiques de précision (nucléaires et conventionnels) et non-cinétiques (éléments d’opérations spatiales et d’information), en soutien à des objectifs nationaux et de théâtre ». Dès septembre 2002, la « Stratégie de sécurité nationale » avait déjà codifié la doctrine de guerre préemptive et le Strategic Command (Stratcom) avait créé une division intérimaire de frappe globale chargée de mettre au point les plans en question avant la fi n de 2002. « Le CONPLAN 8022-22, achevé en novembre 2003, prévoyait pour la première fois une capacité de frappe préemptive et offensive contre l’Iran et la Corée du Nord. En janvier 2004, [l’amiral James] Ellis assura le secrétaire à la Défense et le Président que le Stratcom était prêt pour une frappe globale. »

En rendant plus floue la ligne séparant le nucléaire du conventionnel, on augmente le risque de recours (voulu ou non) à l’option nucléaire. Suivant certains éléments du CONPLAN 8022, des bombes anti-bunkers pourraient être utilisées pour éliminer des forteresses de commandement ou des dépôts d’ADM d’Iran et de Corée du Nord. Toujours selon Arkin, le plan pourrait être activé si les Etats-Unis estiment qu’une attaque nucléaire est imminente ou, plus généralement, pour attaquer l’infrastructure des ADM de l’ennemi. Sans prévoir des « bottes au sol », ce plan se base sur des attaques avec des armes de précision, couplées à des opérations à court terme du genre commandos, ce qui réduit considérablement le temps nécessaire pour préparer et lancer une attaque.

Les bombes anti-bunkers déjà déployées ?

Une des questions les plus controversées du projet de frappe globale concerne l’utilisation potentielle d’armes nucléaires anti-bunkers. Dans chaque budget de la défense que l’administration Bush a soumis au Congrès, elle a tenté d’obtenir davantage de fi nancement pour la recherche sur la nouvelle génération d’armes nucléaires miniatures. Cette année, Rumsfeld a demandé plus de huit millions de dollars pour continuer les recherches sur les armes nucléaires robustes de pénétration du sol (RNEP).

Or une nouvelle étude sur ces armes, menée par le National Research Council à la demande du gouvernement, réfute la possibilité qu’elles puissent pénétrer si profondément sous terre que les retombées radioactives à la surface en seraient minimes. La majorité des cibles souterraines ne se trouvent d’ailleurs qu’à 250 mètres de profondeur. Les effets sur les populations civiles, et même sur les soldats américains sur place, seraient donc assurément catastrophiques.

Bien que l’administration Bush- Cheney réclame plus de recherches et de fi nancement pour ces armes, il semble que les bombes anti-bunkers fassent déjà partie intégrante de l’arsenal nucléaire existant. Selon Greg Mello, dirigeant du Los Alamos Study Group, le Pentagone a déjà un stock déployable de bombes B-61 « mod 11 » pouvant être transportées par des bombardiers furtifs ou même des F-16. Le Pentagone prétend que ces bombes plus petites ne représentent qu’une modifi cation des armes nucléaires existantes et n’incorporent pas de nouveaux principes physiques, ce qui lui a permis d’esquiver les clauses interdisant toute R&D sur les armes nucléaires à faible puissance (inférieures à 5 kilotonnes).

Et comme pour mieux lever toute ambiguïté à la thèse des Dr Folamour Bush et Cheney, le Pentagone a rendu publique une doctrine montrant clairement que le gouvernement a déjà intégré l’utilisation d’armes nucléaires dans la conduite de la guerre conventionnelle (Doctrine for Joint Nuclear Operations, Joint Publication 3-12). L’Executive Summary énonce : « Dans de nombreuses éventualités, les capacités conventionnelles existantes et émergentes répondront aux besoins envisagés ; cependant, dans d’autres cas, la réponse la plus appropriée pourrait inclure l’utilisation d’armes nucléaires américaines. Intégrer les attaques conventionnelles et nucléaires garantira l’utilisation la plus effi cace de la force et fournira aux dirigeants américains une plus large palette d’options de frappe pour parer aux éventualités immédiates. L’intégration des forces conventionnelles et nucléaires est donc importante pour la réussite de toute stratégie globale. » Et plus loin : « Les Etats-Unis ne font pas de déclarations formelles défi nissant les circonstances dans lesquelles ils auraient recours à des armes nucléaires (...) afi n de créer un doute dans l’esprit des adversaires potentiels, les dissuadant de commettre des actes hostiles. »

Jusqu’à l’arrivée de George W. Bush à la Maison-Blanche, l’Amérique s’interdisait toute première frappe nucléaire contre des Etats n’ayant pas d’arsenaux nucléaires. Aujourd’hui, George Shultz, Dick Cheney, John Bolton, etc. exercent un chantage nucléaire contre tous les pays, sachant que la présidence est occupée par un homme totalement instable mentalement.

Jeffrey Steinberg

Par Gerald - Publié dans : Militaire
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Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /2006 05:22

Secours et répression à Aceh

Le formidable déploiement militaire des États-Unis dans l’Océan indien ne vise pas seulement à porter assistance aux victimes du tsunami, mais aussi à relancer les combats à Aceh en profitant de la confusion. La région nord de Sumatra, qui est la plus touchée par le séisme et le raz-de-marée, est en état d’insurrection quasi-permanent depuis près de trente ans. D’ores et déjà, l’armée indonésienne, appuyée par deux groupes de combat aéronavals US, a officiellement annoncé son intention d’éradiquer les rebelles avant de secourir les populations. La presse internationale se tait.



11 janvier 2005

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Paris (France)

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 Indonésie

Thèmes
 Action secrète : renversement de gouvernement, guerre psychologique...

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L’USAID et l’armée états-unienne organisant les secours à Aceh

L’aide internationale aux victimes du tsunami qui a dévasté l’Océan indien , le dimanche 26 décembre 2004, est l’occasion d’un des plus grands déploiements militaires humanitaires de l’Histoire. Mais il serait bien naïf de croire qu’il soit exclusivement humanitaire.

Quelques forces terrestres US ont été transportées en Thaïlande pour réinvestir d’anciennes bases datant de la guerre du Viêt-Nam. À court terme, elles devraient acceuillir les GI’s permissionnaires d’Irak dans des bordels de campagne.

Surtout, les forces navales US sont concentrées au nord de Sumatra, au large de la région d’Aceh, la plus touchée par le tsunami. Deux porte-avions, avec leurs groupes de combat, y ont été positionnés : l’USS Abraham Lincoln et l’USS Bonhomme Richard [1]. Pour le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz [2], ancien ambassadeur des États-Unis en Indonésie, la situation actuelle offre une opportunité pour en finir avec la rébellion du Mouvement de libération d’Aceh (Gerakan Aceh Merdeka - GAM) et pour reprendre en main les Forces armées indonésiennes (TNI).

Les combats ont repris le 7 janvier 2005, indique l’agence de presse nationale Antara. Le porte-parole des Forces armées a indiqué que trois séparatistes avaient été abattus et des stocks d’armes (kalachnikov AK-47 et fusils de chasse) saisis à Gantang. « Les rebelles du GAM ont commis des crimes et sont inhumains au milieu des habitants de la province qui souffrent des conséquences du tremblement de terre et du tsunami dévastateurs », a-t-il poursuivi [3]. Deux jours plus tard, l’armée a accusé les séparatistes de tendre des embuscades aux secours pour s’emparer de vivres et de s’infiltrer dans les camps de réfugiés. « Les Forces amées sont maintenant en position défensive. Vu l’intensification des activités du GAM, les unités spéciales qui aident à l’évacuation des victimes doivent traquer et éliminer les rebelles », a commenté le colonel Basuki [4].

Cependant, la reprise des combats est ignorée par les grands médias étrangers, bien qu’ils disposent de cohortes d’envoyés spéciaux sur les plages de Banda Aceh. C’est que l’émotion de l’opinion publique internationale se mobilisant dans un geste charitable est une valeur positive et consensuelle, mais fragile. Elle ne résisterait pas à la prise de conscience des réalités locales, de la rébellion des Tigres tamouls à la dictature du SLORC birman. Et de la qualité émotionnelle de l’information-spectacle dépend la vente des espaces publicitaires.

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« Présence militaire U.S. liée à l’aide humanitaire » et « zones affectées par le Tsunami » (source : pacom.mil)

Les organisations civiles humanitaires ont été écartées des zones à risque, exceptées certaines associations telles que Non Violence International, un appendice de l’Albert Einstein Institution (elle même articulée à la NED/CIA) [5].

La région d’Aceh vit dans la nostalgie de sa grandeur, lorsqu’elle était un sultanat indépendant au XVIIe siècle, et dans la douleur de la colonisation hollandaise et de l’invasion japonaise. Elle a été arbitrairement rattachée à l’Indonésie à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1976, un homme d’affaire issu d’une famille noble, Hassan di Tiro, crée le Mouvement de libération d’Aceh (GAM). Il s’agit d’un parti nationaliste dont les membres sont de culture musulmane. Il milite pour la justice sociale et dispose d’un gouvernement en exil, en Suède. Dans la même période d’autres séparatismes se développent dans l’empire indonésien, aux Moluques et au Timor-oriental. De 1989 à 1998, le président Soharto décrète Aceh « zone de combat » et livre une répression atroce (opération « Red Net », plusieurs milliers de morts).

À la chute de Soharto, démissionnaire après les révélations sur les détournements de fonds colossaux qu’il opéra au détriment d’organisations humanitaires, l’un de ses successeurs, le président Wahid, engage des négociations et signe une trève, à Genève en mai 2000. Un statut d’autonomie est adopté. Le gouvernement local perçoit 70 % des recettes provenant des hydrocarbures de la région.

Mais les rebelles, qui assistent à l’indépendance du Timor oriental, en veulent plus. Ils perturbent l’exploitation par Exxon-Mobil qui est contraint de se retirer [6]. L’accession de George W. Bush à la Maison-Blanche et de Megawati Sokarnoputri à la présidence indonésienne donne à la firme l’occasion de reprendre le contrôle de sa concession et aux militaires de prendre leur revanche. Pourtant, 25 000 soldats et 20 000 policiers ne parviennent pas à écraser la rébellion.

Indignée par la violence des affrontements et les atrocités commises de part et d’autre, la communauté internationale parvient à imposer un cessez-le-feu, le 9 décembre 2002, et déploie 15 équipes d’observateurs pour en vérifier l’application. Il apparaît vite que certains officiers supérieurs, qui tiennent leur pouvoir politique de la situation de guerre permanente, n’hésitent pas à aider la rébellion en sous-main pour entretenir l’abcès.

Toujours dirigé par son fondateur, Hassan di Tiro, le GAM comprendrait actuellement environ 3 000 hommes en capacité de combattre face à 45 000 hommes de l’armée et de la police indonésiennes. Son budget annuel serait d’environ 500 000 dollars, provenant de l’impôt révolutionnaire perçu auprès des entreprises de la région et du trafic de marijuana. Dans les années 80, les chefs rebelles ont reçu une formation à la guérilla en Libye, parfois avec des instructeurs palestiniens. Aujourd’hui, le GAM maintient des relations avec les insurgés Pattani en Thaïlande (PULO). Les imputations de liens avec des « groupes radicaux islamiques », diffusées par les médias indonésiens ne reposent sur aucun élément probant.

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Soldats U.S. et indonésiens à Aceh durant les opérations en cours

Compte tenu des difficultés de circulation dans la région, nous ne sommes pas en mesure d’évaluer l’ampleur des combats en cours, ni de leurs conséquences pour les populations déjà victimes du séisme et du tsunami, mais il s’agit bien pour Paul Wolfowitz de parachever son œuvre asiatique et pour les troupes du nouveau président, le général Bambang Yudhoyono, de clore trente ans de conflit. Un millier de personnes suspectées d’appartenir au GAM devraient être arrêtées et internées préventivement dans un camp construit l’année dernière à cet effet dans l’île de Pulau Nasi, à cinq milles de la côte de Banda Aceh ; une sorte de Guantanamo version indonésienne.

Par Gerald - Publié dans : Militaire
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