Bavure criminel

Publié le par Gerald

Reporters Sans Frontières est « troublée »
...Comme l'eau du marigot quand on y jette un cadavre

Maxime Vivas
8 septembre 2005
Cuba Solidarity Project


Le 28 août 2005, Walid Khaled, preneur de son de l'agence Reuters était froidement abattu d'une balle dans la tête et de quatre autres dans le corps par un snipper de l'armée US posté sur un toit ; Son caméraman a été blessé et arrêté par les militaires. Les deux journalistes étaient munis, d'un micro et d'une caméra, outils inoffensifs. Mais leur travail de vérité constituait une action hostile envers les USA. Au demeurant, tous les journalistes du monde avaient été briefés par un officier états-unien.

En effet, le 28 février 2003, Ari Fleisher, porte-parole de la présidence états-unienne, s'exprimait ainsi sur la presse « non incorporée » : « Si les militaires disent quelque chose, je recommande vivement à tous les journalistes de s'y conformer. (.) Et je pèse mes mots » A lire ces lignes, chacun entend bien la promesse de « bavures ».

Et RSF de confesser alors: « Cette position revenait à créer un double statut de journalistes : d'un côté les journalistes « embedded » intégrés aux forces états-uniennes qui bénéficient de la considération et de la protection de l'armée états-unienne, de l'autre des journalistes à qui l'on conseille de quitter les lieux sous peine de voir leur présence ignorée. » Quiconque sait lire découvre que, selon RSF, l'Armée US est capable de parler à des journalistes sans savoir qu'ils sont là. Interlocuteurs-ectoplasmes indécelables dans les viseurs !1

A chaque fois que l'armée US liquide des journalistes, RSF vole à son secours : à Belgrade, elle oublie de recenser dans son rapport annuel les journalistes tués, à Bagdad elle conclut que les tirs sur l'hôtel Palestine étaient une simple bavure. Enfin, elle met en doute la version donnée par la journaliste italienne Giuliana Sgrena sur son mitraillage.

L'US Army tue, RSF caquette. Le florilège de ses réactions platoniques est court : l'organisation est « indignée, préoccupée, troublée » devant des « incidents, négligences, maladresses et bavures ». Celui de ses actions l'est autant : RSF demande à l'armée US ou à l'ONU de faire une enquête. En général, l'enquête interne de l'armée aboutit promptement à l'acquittement avant même que celle de l'ONU ait commencé. RSF la popularise complaisamment, regrette quelques « mensonges par omission » et le dossier est bouclé.

Le 29 août, elle a demandé à l'Etat-major de « prendre des mesures sérieuses pour que ce genre de tragédie (MV : et non d'assassinat, notons bien) ne se reproduise plus.» Mais nous en sommes au 66ème journaliste tué en Irak occupé. Ne fallait-il pas poser cette exigence plus tôt ? Et si cela a déjà été fait (vainement), pourquoi ne pas essayer autre chose ?

Une question doit être posée à cette « ONG » chargée de protéger les journalistes et leur liberté d'informer : pourquoi ne les défend-elle pas concrètement en menant elle-même des enquêtes sur les exactions subies par les grands reporters ? Investiguer, c'est plus le rôle d'une organisation de journalistes que de l'armée US (dont le travail est de tuer) ou de l'ONU (chargée de gérer les relations interétatiques).

On a déjà vu RSF s'y employer : mission d'enquête en Algérie, avec Robert Ménard en tête, enquête sur la situation au Népal, enquêtes à Cuba avec recrutement de journalistes sur place, enquête au Venezuela où les correspondants de RSF ont su nous expliquer que le putsch de 2002 (CIA/MEDEF local) était excellent, enquête même sur le fonctionnement de la commission des Droits de l'Homme de l'ONU ( !!!), etc.

Pour cela, RSF dispose de moyens financiers (budget de 3 millions d'euros), humains (plus de 100 correspondants dans le monde), juridiques (elle s'est dotée d'un service chargé de traduire en justice les assassins et tortionnaires des journalistes).

On dira que RSF a vécu en la matière une expérience malheureuse en « enquêtant » (sic) sur la mort du journaliste espagnol José Couso tué dans son hôtel à Bagdad par une roquette US. La famille du malheureux, horrifiée par le comportement de RSF « approprié pour dédouaner le coupable » lui a demandé en janvier 2004 « de se retirer immédiatement du dossier ». Mais justement, RSF n'est pas obligé, à chaque coup, de refaire les mêmes erreurs. Il doit bien y avoir à Paris ou à Miami quelques conseillers en communication qui lui apprendraient « à la jouer fine », à perfectionner l'esbroufe jusqu'à nous faire croire que chaque mort de journaliste est imputable à « la maladresse » d'un bidasse (nerveux, effrayé) voire ignorant, mal informé (rupture de la chaîne d'information par suite d'une « négligence ») ou à l'imprudence de la victime (trop portée à se jeter, la tête la première, sur la premier bout d'acier sortant d'un canon).

Avec un minimum d'habileté, il serait ainsi possible de persuader le lecteur que la combinaison de bavures (de l'armée) et d'imprudences (des journalistes) explique les drames passés (les « incidents » écrit RSF) en attendant ceux qui pourront tranquillement se produire demain et qui troubleront et indigneront RSF.

Par suite, puisque l'Europe ne subventionne pas RSF cette année, le « Center for a free Cuba », organisation écran de la CIA, pourrait augmenter sa cotisation, assurément trop modeste au vu des services rendus à Bush par l'officine de Robert Ménard.



PS. RSF vient d'écrire à Tony Blair, président de l'Europe et va-t-en guerre pour lui demander de s'inquiéter du sort de journalistes. cubains. Il eut fallu aussi (petit conseil pour réussir à égarer ceux qui croient que l'anti-cubanisme de RSF est la copie servile de celui de Bush) demander des sanctions de l'Europe contre le pays qui a tué le plus de journalistes dans le monde ces dernières années. Blair aurait aussi dû être pressé par RSF d'intervenir auprès de son allié pour qu'il libère un autre caméraman de Reuters emprisonné depuis trois semaines dans la sinistre prison d'Abou Grhaïb. Ainsi auraient été complètement désorientés les sectaires qui couinent : « RSF, CIA, US Army, même combat ! »



1 Sur cette affaire et sur d'autres concernant RSF, lire « Les USA de mal empire » de D. Bleitrach, V. Dedaj et M. Vivas, éditions Aden, septembre 2005.

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