Pseudo-pédo?

Publié le par Gerald

L'affaire Stacy et Nathalie: un bouc émissaire inculpé Klik op de afbeelding om de link te volgen
L’investigation du meurtre de Stacy et Nathalie indique que l’on cherche à inculper un bouc-émissaire pour l’enlèvement, l’assassinat et le viol des petites filles wallonnes. La justice liégeoise exploitera la piste vers Abdellah Ait Oud jusque quand tout le monde sera convaincu que ce dernier est coupable pour les meurtres. Les inepties de cette enquête, expliqué dans l'article suivant, soulignent comment le tribunal paraît délibérément porter des bandeaux autour des yeux. Il démontre aussi que les magistrats responsables ne sont pas de la plus grande fiabilité dans cette matière.
Je ne veux point excuser le passé d’Ait Oud. Mais la vérité a ses droits : les vrais coupables de ce double infanticide doivent être punis. Bon timing Maintenant le bon sens, il faut comprendre qu’on ne soutire pas facilement deux enfants à la vue de tout le monde. Une préparation est nécessaire. C’est un mythe que les parents étaient inattentifs. Leurs connaissances dans le café insistent qu'ils pouvaient voir les enfants en train de jouer par la fenêtre. L'ami Jean-Marc Brun précise comment Stacy et Nathalie étaient bel et bien gardées à vue par leurs parents [1].

Le soir du 9 juin, les parents décident de clôturer le jour festif dans ‘Les Armuriers’ et de quitter les lieux. Peux avant, à un moment bien choisi, les enfants leurs seront enlevés. Avant de quitter le café, Cathérine Dizier, la mère de Nathalie, décide d’aller aux toilettes. Il est environ 1h30. Elle regarde par la fenêtre et voit les enfants jouer sur le château gonflable. En retournant, à peine cinq minutes après, les enfants ont disparus. On peut donc présumer que les kidnappeurs surveillaient les lieux et ont enlevé les deux enfants pendant la courte absence de la mère.

En effet, il est probable davantage que ce kidnapping fut planifié méthodiquement, plutôt que d'être l’oeuvre d’un seul homme, sous influence et sans moyen de transportation.
 
L’alibi d’Ait Oud vite détruit 16/06/2006
Mohamed B. se présente chez la police de Liège pour déclarer que le soir du 9 juin, ensemble avec son ami John, il avait pris Ait Oud entre 00h30 et 1h en stop dans sa voiture, et l’avait déposé 4 kilomètres plus loin. Ce transport donne un alibi effectif à Ait Oud, puisque l’enlèvement des deux filles est arrivé en dedans, ou peu après ce laps de temps [2]. Mohamed est formel : l’homme qu’il a conduit est bel et bien Ait Oud.

17/06/2006
Le journal La Dernière Heure publit l’alibi le matin après. Quelques heures plus tard ce témoignage, qui aurait excusé Ait Oud, est effectivement détruit dans le journal du midi de l'RTBF. La voix tonalisée et le visage caché, Mohamed B. raconte devant les caméras qu’il ne connait pas Ait Oud, qu’il ne l’a même jamais vu, et qu'il l'a encore moins pris en voiture [extrait du journal disponible sur
ce lien].

Cette contradiction totale avec l'interrogatoire volontier de Mohamed B., comptant cinq pages, le jour avant, est peu crédible. Il y a à peine 24 heures, aurait-il simplement imaginé le transport d'Ait Oud?

 
La piste du Telegraaf

L’investigation continue obstinément à poursuivre la piste solitaire. La lettre anonyme publiée en ligne par le journal hollandais 'De Telegraaf' du 28/06/2006, y compris l'indication du lieu où les deux fillettes pouvaient être trouvées, sera immédiatement considérée par les rechercheurs de Liège comme une blague. Or, deux heures après cette publication, on approfondira la recherche à côté d'un chemin de fer plus loin, pour effectivement y retrouver les corps des filles.

Chronique de cette piste:

Mardi 27/06/2006
Une lettre incluant une carte géographique, imprimé d'un planificateur de route hollandais, est envoyée de Rotterdam au journal hollandais 'De Telegraaf' indiquant le lieu où les corps de Stacy et Nathalie seraient situés: à côté du chemin de fer, pas loin de l’endroit de disparition.

Mercredi 28/06/2006
Le journal 'De Telegraaf' décide de publier la carte dans son journal électronique en ligne
[3]. Deux heures après cette publication, les chercheurs liégeois trouveront les filles à côté du chemin de fer. Elles sont découvertes en dessous d'un couvercle sur un canal de dérivation. Parmis tous les endroits où les filles pourraient être trouvées, elles sont là où le témoin anonyme les avait approximativement situé : à côté du chemin de fer. Cette découverte précise n'aurait rien à voir avec le tuyau publié dans De Telegraaf, nous dit-on. 

Jeudi 29/06/2006
Il y a, ici aussi, quelque chôse qui cloche. Le Telegraaf écrivait hier (ma traduction, ndla): « La police fédérale belge est très intéressée dans l’information et demande la police d’Amsterdam d’envoyer urgemment l’enveloppe avec le plan à Liège. » Comme avec l'alibi de Mohamed B., ceci sera contredit peu après. Le jeudi soir, dans le programme 'Ter Zake', on entend Alain Remue, responsable pour la Cellulle de Disparitions, dire que l'astuce envoyée au  'De Telegraaf' n'était jamais prise au sérieux. L'inspecteur ajoute pendant l'interview qu'il ne faut pas trop croire à ce genre de tuyaux, qui vient généralement de clairvoyants et autres personages peu fiables. Il considère ce témoin possible comme 'un blagueur'.

L’inspecteur est-il plutôt clairvoyant lui-même ? Sinon comment peut-il savoir d’avance que ce témoin ne possède pas d’informations pertinentes ? Un inspecteur digne de ce nom n’aurait pas de préjudices, mais ferait une demande publique pour que ce témoin s’avance, au lieu de le qualifier d’emblée comme un toqué.
Selon Remue, les enquêteurs avaient eu difficile de fouiller ce lieu auparavant à cause des buissons. Depuis que les recherches ont commencé le 10 juin, on n'avait pas réussi à pénétrer ce feuillage encombrant, ni pensé à le couper. Le chemin de fer sera donc soi-disant négligé pendant deux semaines pour être examiné profondement quelques heures après la publication dans De Telegraaf. Une recherche qui, en plus, sera fructueuse.

Vendredi 30/06/2006
De Telegraaf envoye un journaliste pour en savoir plus sur ce tuyau -- une décision intelligente, puisque la lettre anonyme s'avérait être correcte. En arrivant au chemin de fer, le journaliste est absolument frappé par le lieu du crime: celui-ci ne contient aucun enclos policier, même pas un seul rechercheur démeurant dans les alentours du chemin de fer. Le lieu est absolument déserté de tout signe d'enquête; ceci à peine 24 heures après la découverte des deux corps
[4].

Ce n'est pas tout. En arrivant à l'endroit indiqué sur la carte, le journaliste remarque un homme avec des sacs en plastique autour des chaussures, en train de fouiller les buissons. Après interpellation par le journaliste, l'homme enlève ses revêtements et s'enfuit. Le journaliste notifie la police, qui elle, armée jusqu'aux dents, l'arrètera de façon spectaculaire pour le relacher de suite quelques minutes après. Le fugitif aurait déclaré qu'il était en train de faire du jardinage. Les policiers parlent d'un incident 'bizarre'. Fin de l'affaire [5]. Qu'il n'y a aucune présence policière autour de l'endroit où, le jour avant, se terminaient les recherches, est déconcertant. Qu' un homme inconnu fouille cet endroit indiqué sur la carte -- un homme qui en plus camouflait ses empreintes de pied, l'est davantage. Mais qu'on relache cet homme, immédiatement après, montre comment cette enquête dérive de toute procédure légitime. 

Lundi 03/07/2006
J'ai parlé au téléphone avec le journaliste du Telegraaf, Ronald Veerman, à sa rédaction à Amsterdam. Il partage mon scepticisme sur la nonchalance de cette arrestation de l'homme suspect. Que les policiers, en premier lieu, n’ont pas vérifié l’excuse de cet homme -- comme quoi il était en train de jardiner-- est remarquable. Puisqu’en effet, Veerman me confirme qu'il n'a remarqué aucun jardin dans les environs.


Les enquêteurs

Un regard critique sur les déclarations et historiques des enquêteurs protagonistes dans cette affaire.

Alain Remue
Le 17 juin, des graves erreurs d’appréciation de la part d'Alain Remue de la Cellulle de Disparitions nous parviennent. Cet inspecteur – qui se vante d’avoir été formé par la FBI – est depuis longtemps convaincu de la culpabilité d’Ait Oud. Il disait déjà dans une interview avec De Morgen du 17/06/2006 (ma traduction, ndla): « Le suspect principal ne se serait pas présenté volontièrement si les enfants seraient vivantes dans son grenier, hein. » Le raisonnement est donc qu’Ait Oud ne se serait jamais présenté lui-même s’il ne venait pas de tuer deux filles. Une étrange déduction de la part de l’inspecteur, du moins extrèmement prématurée.

Cédric Visart de Bocarmé
L'enquête sur ce qui s'est vraiment passé avec Stacy et Nathalie, ultimement, est dans les mains du procureur général
Cédric Visart de Bocarmé. Qui est ce magistrat? Membre de l'association franc-maçon du Rotary Club, il devient procureur du roi à Namur en 1990. Dans cette capacité, il est chargé de la disparition de la petite namuroise Elisabeth Brichet. Quinze ans plus tard, Elisabeth sera trouvée comme une des victimes kidnappées par Michel Fourniret, qui l'avait impunément violé et tué dans le Château de Sautou en 1989. La Justice belge avait failli arrêter Fourniret lors d’une tentative d’enlèvement [6]. Dans cette matière, Cédric Visart de Bocarmé s'avère donc comme un juge d'instruction peu efficace. Selon lui, il avait tout fait pour retrouver Elisabeth.

Cédric Visart de Bocarmé interrompt sa position de procureur du roi en 1995 pour devenir adjoint dans le cabinet de Melchior Wathelet, qui lui en 1992 avait encore relâché Marc Dutroux après même pas la moité de sa peine.

En 2005, le nom de Cédric Visart de Bocarmé surgit dans une affaire de népotisme [7].

Entretemps, il a succédé à Anne Thilly comme procureur général de Liège. Visart de Bocarmé s'occupe avec le même zèle du dossier-bis sur l' assassinat de Julie et Mélissa que de la disparition d'Elisabeth Brichet. Cette enquête Julie & Mélissa bis, qu'Anne Thilly avait effectivement étouffée pendant des années, doit finalement identifier les origines des micro-traces ADN de 26 personnes, traces retrouvées dans la maison de Marc Dutroux. Cette identification permettrait de finalement prouver qu'il existait un réseau pédophile autour de Dutroux. Mais l'enquête est soigneusement évitée par le nouveau procureur. En effet, dans une lettre du 24 novembre 2004, Cédric Visart de Bocarmé écrit aux Comités Blancs qu'il ne voit pas pourquoi des avances dans ce dossier seraient utiles [8].

Fibres textiles, pollen et matériel ADN

Le 18 juillet 2006, la justice liégeoise annonce que des fibres textiles, possiblement provenant d’Ait Oud, sont retrouvées sur les vêtements de Nathalie. Pourquoi ces fibres appartiendraient-elles à Ait Oud? Comment peut-on distinguer des fibres textiles entre un porteur de jeans et un autre? Le même argument est valable pour les pollen dans les poches d'Ait Oud qui sembleraient venir des plantes au bord du chemin de fer. Il doit-y avoir des milliers de personnes avec des pollen dans leurs poches, sans que leurs propriétaires viennent de kidnapper et tuer deux fillettes.Quand à l'ADN; dans chaque enquête criminologique, la preuve d'ADN est d’une importance déterminante. Elle indique combien de malfaiteurs sont impliqués, comment ils ont effectué le crime, et quelle est leur identité. Or la justice liégeoise reste très timide, pour ne pas dire muette, au sujet de ces micro-traces. Le message comme quoi les corps des filles auraient été nettoyées de toutes traces organiques, est dur à croire. Spécialement puisque un tas de matériel moleculaire demeure sur les corps en cas d’enlèvement et de strangulation, pour ne pas parler du 'viol brutal' de Nathalie. Ces traces devraient bel et bien être là, et pourraient donc exclure définitivement la culpabilité d’Ait Oud, ou pas. Néanmoins: pas un mot sur la piste ADN, sous le prétexte que l'examination de celle-ci est trop difficile.

Parallèle historique: le 10 octobre 1996, l’enquête sur le meurtre de Julie et Mélissa fut effectivement étouffée par le juge d’instruction Langlois, quand celui-ci freinait l'examen d'ADN trouvé dans la maison Dutroux, et puis l'arrètait à cause d’un ‘manque de temps’. Il est à craindre que, comme au dernier scandale pédophile en Belgique, la trace-ADN dans l'affaire Stacy et Nathalie sera à nouveau négligée [9].

Se rappelant des incroyables inepties de l'enquête-Dutroux, il est possible qu’on irait même jusqu'à conclure l'affaire Stacy et Nathalie dans le désavantage d’Ait Oud -- peu importe les vrais provenances de l'ADN. Finalement, dans une publication de presse du 20 juillet -- comme pour nourrir l'opinion publique -- on entend: "Après la séance, Ait Oud était mené à une cellulle d’interrogation où on a pris un prélèvement de sa salive, afin de faire une nouvelle enquête-ADN." Comment un énième exemplaire moléculaire d’Ait Oud, identique aux exemplaires déja dans notre possession, peut-il apporter quoi que ce soit à cette enquête? L’ADN d’Ait Oud ne pose pas de problèmes; c'est l’ADN sur les corps des filles qui est soi-disant dur à trouver, voir déchiffrer. Un nouvel échantillon d'ADN déjà connu ne change absolument rien. Ce message du 20 juillet paraît plutôt comme un jeu psychologique bon marché vis-à-vis du public. On nous a promis à plusieur reprises des résultats 'intéressants', comme si l'assassinat de deux enfants est une forme de feuilleton. Il y a quelques semaines, une partie de la presse belge portait le titre véridique: ‘La piste Ait Oud de moins en moins probable’. Entretemps, la justice liégeoise fait tout pour détruire cette improbabilité.

Thomas Deflo

Publié dans Justice

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