samedi 5 novembre 2005
Des chercheurs de l’Electronic Frontier Foundation (EFF) - une association de lutte pour le respect des libertés sur le Net - viennent de mettre au jour la présence de mouchards dans la majorité des imprimantes commercialisées. Selon ces travaux, dirigés par Seth Schoen, technicien en chef de l’EFF, la plupart de ces périphériques informatiques impriment sur chaque document un cryptogramme invisible à l’oeil nu. Décodé, ce dernier permet de déterminer la date et l’heure de l’impression, et, surtout, le numéro de série de la machine l’ayant imprimé.
Les techniciens de l’EFF se sont penchés sur des pages apparemment vierges de tout caractère et tout juste sorties de l’imprimante. En éclairant le papier sous une lumière bleue et en l’observant au microscope, ils ont découvert un agencement complexe de petits points jaune pâle " d’environ un millimètre de diamètre". "Jusqu’à présent, nous avons seulement cassé le code des Xerox DocuColor, a déclaré M. Schoen dans un communiqué. Mais nous pensons que les modèles des autres fabricants incluent le même type d’informations personnelles dans leurs cryptogrammes." Dans le cas particulier des Xerox DocuColor, une cinquantaine de ces petits points jaunes se distribuent sur une grille virtuelle de 8 lignes sur 15 colonnes. L’étude systématique d’un grand nombre de documents sortis de ce type d’appareil a permis aux techniciens de l’EFF d’ouvrir l’algorithme utilisé par Xerox et d’en placer une copie sur le site Internet (www.eff.org). "Ce genre de dispositif, bien connu des professionnels, n’a rien de secret et est aussi utilisé dans les photocopieurs, dit-on chez Xerox France. Cependant, il est vrai qu’il n’en est généralement pas fait mention dans les documentations commerciales."
Selon l’EFF, les documents produits par les imprimantes commercialisées par Brother, Canon, Dell ou Epson contiennent également des agencements semblables de petits points de couleur, presque invisibles à l’oeil nu. Pour d’autres machines, comme celles fabriquées par Lexmark, IBM ou Minolta, aucun filigrane n’a été détecté, mais, selon l’EFF, cela ne signifie pas qu’elles ne contiennent pas de dispositif de traçage.
Quant à la finalité de ce système occulte de traçabilité des documents, l’EFF croit savoir que les inspirateurs et utilisateurs de ce dispositif sont les forces de l’ordre et les services de renseignement américains.
Stéphane Foucart, info parue dans Le Monde
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