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Economie

Jeudi 24 novembre 2005
Les mensonges du libéralisme

"Le libéralisme, c'est plus de choix et des meilleurs prix pour le consommateur"

FAUX: Selon le dogme libéral lui-même, le libéralisme ne peut fonctionner que si il existe une concurrence suffisante de l'offre. Or dans les faits, le capitalisme libéral tend vers la concentration et la formation de monopoles qui éliminent toute concurrence, réduisent le choix du consommateur et font monter les prix (ou baisser la qualité).

Dans le domaine des services publics comme la distribution d'eau, la poste, ou les chemins de fer, leur privatisation s'est toujours traduite par une augmentation des coûts pour l'usager, une diminution du service, et une réduction des investissements dans l'entretien des infrastructures.

Quant aux systèmes de retraites privés (les fonds de pension), ils consistent à priver les salariés de toute sécurité, en les livrant aux incertitudes de la gestion des organismes financiers. En cas de faillite de ces derniers, les salariés se retrouvent sans retraite malgré des années de cotisation. C'est ce qui s'est passé aux Etats-Unis en 2002 avec la faillite d'Enron.

 
 

"Le libéralisme, c'est le libre-jeu du marché"

FAUX: Toujours selon le dogme libéral, le libre-jeu du marché nécessite la transparence du marché et de l'information.
En réalité, à cause des pratiques d'opacité et de l'inégalité dans l'accès à l'information, le consommateur ne peut choisir en connaissance de cause.

 
 

"La croissance crée des emplois"

FAUX: La croissance crée des emplois dans un premier temps, mais elle sert surtout à financer les "restructurations" et les délocalisations. Au bout du compte, elle détruit davantage d'emplois qu'elle n'en crée.

 

"Seul le marché est apte à déterminer le juste prix des matières premières, des devises, ou des entreprises"

 
FAUX: Les marchés sont essentiellement guidés par la spéculation et la recherche du profit à court-terme. Les fluctuations des cours sont souvent irrationnelles, excessives, et soumises à la manipulation. Ces oscillations excessives des cours sont destructrices, provoquant ruines et faillites dans l'économie réelle. Mais dans le même temps, ces oscillations sont aussi génératrices de profit pour les spéculateurs. Encore le principe des vases communicants…!

 

 

"L'entreprise crée des richesses. Elle est la source de la prospérité des pays et de leurs habitants"

FAUX: le plus souvent, les entreprises ne créent pas de richesses, car la valeur créée est inférieure aux coût réel des ressources utilisées ou détruites, si on prend en compte le coût environnemental et humain, ainsi que le coût réel des matières premières non-renouvelables.

Le "profit" des grandes entreprises est en réalité prélevé sur la nature, saccagée par l'exploitation, l'urbanisation et la pollution, ou "vampirisé" sur d'autres acteurs économiques:

- sur les salariés qu'on aura licencié pour économiser des coûts ou "augmenter la productivité", ou dont on aura réduit la rémunération ou la protection sociale.

- sur les consommateurs qui doivent payer plus pour une qualité ou une quantité moindre.

- sur les fournisseurs (en particulier sur les producteurs de matières premières minières ou agricoles)

- sur d'autres entreprises dont on aura provoqué la faillite par des pratiques déloyales, ou qui sont rachetées pour être ensuite dépecées, vendues par morceaux, et dont dont les salariés sont transformés en chômeurs.

- sur les populations du Tiers-Monde qui ont été spoliées de leurs terres et de leurs ressources, et qui ont été réduites en esclavage, obligées de travailler dans les mines ou les "ateliers de la sueur" des entreprises transnationales, ou pire encore, obligées de servir de cobayes à l'industrie pharmaceutique, ou de vendre leurs organes (le plus souvent un rein ou un oeil) qui seront ensuite greffés à des malades fortunés. (le prix payé pour le prélèvement d'un rein va de 20.000 euros en Turquie, à seulement 800 euros en Inde)

"La mondialisation profite à tous"

FAUX: Entre 1992 et 2002, le revenu par habitant a chuté dans 81 pays. Dans le Tiers-Monde, le nombre des "extrêmement pauvres" a augmenté de près de 100 millions.

L'écart des salaires s'est également creusé de manière fantastique. Prenons l'exemple d'une ouvrière chez un sous-traitant asiatique de Disney qui fabrique des vêtements à l'éffigie de Mickey pour les consommateurs occidentaux. Cette ouvrière travaille dans un "atelier de la sueur", 14 heures par jour, 7 jours sur 7, sans aucune protection sociale, sans droit de grève, le tout pour un salaire horaire de 0,28 dollars. Dans le même temps, le salaire horaire du PDG de Disney est de 2800 dollars, soit 10.000 fois plus.

Les 225 personnes les plus riches du monde cumulent un patrimoine global de 1000 milliards de dollars, l'équivalent du revenu annuel des 3 milliards de personnes les plus pauvres de la planète, soit 47% de la population mondiale. La fortune additionnée des 84 personnes les plus riches dépasse le produit intérieur brut de la Chine avec ses 1,2 milliard d'habitants.

En 2002, 20% de la population mondiale accapare 80% des richesses, possède plus de 80% des voitures en circulation et consomme 60% de l'énergie, tandis que le milliard d'habitants les plus pauvres se partagent 1% du revenu mondial.

 

"Le libéralisme est le seul choix possible, sous peine de s'isoler du Monde"

FAUX: Certes, un pays cours le risque d'une délocalisation accrue des entreprises si il ne va pas dans le sens de leurs désirs. Du fait de la mondialisation, les salariés occidentaux sont désormais en concurrence avec les salariés de l'Inde ou de la Chine, y compris pour des emplois qualifiés dans le tertiaire ou les secteurs technologiques. Tant qu'il y aura le moindre profit à réaliser en délocalisant, les entreprises iront au plus offrant, dans le pays où elles trouvent les lois sociales et environnementales les moins contraignantes.

Mais si il en est ainsi, c'est parce que nos gouvernements se sont entendus pour créer ces conditions, en appliquant simultanément dans tous les pays les déréglementations prônées par l'idéologie libérale. Ils ont réalisé la mondialisation uniquement dans un sens favorable aux entreprises, sans la contrepartie d'une mondialisation au niveau des lois de protection sociale et environnementale. La mondialisation néo-libérale est résolument dissymétrique.

D'autre part, cette absence apparente de choix revient de fait à une dictature des entreprises. Accepter cette dictature, c'est renoncer au pouvoir souverain des Etats et des représentants élus du Peuple. C'est donc renoncer à la démocratie, et accepter à terme un esclavage généralisé.
 

Sylvain Timsit
© Syti.Net 2003

Par Gerald
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Mardi 6 décembre 2005

Le plus gros bénéfice de l'histoire

Les gens d'abord, pas le profit !

02-11-2005

 

Exxon Mobil, n°1 mondial du pétrole, a réalisé le plus gros bénéfice trimestriel de tous les temps: 8,28 milliards d'euros.

Sur les neuf premiers mois de 2005, le top 3 des pétroliers ­ Exxon Mobil, Royal Dutch Shell et BP ­ totalisent un bénéf dépassant 60 milliards d'euros (+40%).

Que vont-ils faire après la publication de tels chiffres? Réduire le prix à la pompe? Aider le Cachemire sinistré, qui a reçu à peine 100 millions d'euros (600 fois moins) de 65 pays donateurs?

 Non, BP a décidé plutôt de supprimer 2.500 emplois en Europe, soit 8,9% des effectifs.

Par Gerald
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Mardi 6 décembre 2005

Avis de recherche: ils n'ont pas rentré leur déclaration d'impôt sur la fortune

Aidez-nous à retrouver les capitalistes dont voici le signalement. Ils ont omis de rentrer ce 31 août la déclaration fiscale relative à l'impôt sur la fortune défendu par le PTB. Or, cet impôt est essentiel pour financer la sécu (pensions, santé, etc.) et l'enseignement.

Marco Van Hees
07-09-2005

 

Nom: familles Inbev (de Spoelberch, de Mevius et Vandamme)
Fortune: 7.356.441.000 €
Signalement: ils vivent dans de somptueux châteaux et sont actionnaires d'Inbev (ex-Interbrew), le premier producteur mondial de bière.
Impôt: 147 millions d'euros.

Boire un petit coup, c'est agréable, mais on sait qu'en trop grande quantité, cela favorise l'apparition de tumeurs. Justement, l'hôpital AZ-VUB vient d'acquérir un appareil révolutionnaire pour traiter les cancers, le ThomoTherapy. Mais en raison de son prix, 3 millions d'euros, il n'y en a que deux en Europe. Or, un impôt sur la seule fortune des patrons d'Inbev rapporterait de quoi en acheter une cinquantaine. Chaque année!

Nom: familles Solvay et Janssen
Fortune: 3.432.544.290 €
Signalement: ils sont des descendants d'Ernest Solvay (inventeur de la soude) et règnent sur les firmes chimico-pharmaceutiques Solvay et UCB
Impôt: 69 millions d'euros.

Les problèmes budgétaires de la sécurité sociale, les Solvay et Janssen en sont bien conscients: c'est la sécu qui les enrichit (via le remboursement des médicaments). En imposant leur seule fortune, on pourrait éponger 60% du déficit de tous les hôpitaux publics du pays. Par ailleurs, le modèle kiwi devrait permettre de limiter le pillage de la sécu par les patrons des multinationales pharmaceutiques, y compris le Solvay et Janssen.

Nom: Albert Frère
Fortune: 2.018.513.058 €
Signalement: il a construit sa fortune en grugeant les sidérurgistes et l'Etat, invite le ministre des Finances dans sa villa de Marrakech, est actionnaire de Total, Suez et Bertelsmann (RTL)
Impôt: 40 millions d'euros.

Pour le pensionné qui touche 866 euros par mois, malgré une carrière complète, pas évident de garder sa voiture, surtout vu le prix du carburant. Sans compter que le coût du chauffage augmente aussi. Que vous consommiez du pétrole, du gaz ou de l'électricité, vous enrichissez Albert Frère à tous les coups, via Total ou Suez. En imposant sa seule fortune, on pourrait augmenter de 100 euros la pension mensuelle de 33.000 pensionnés. Mais il faudrait évidemment soumettre Albert Frère à un traitement de faveur en le faisant également contribuer à un fonds mazout.

Nom: famille Colruyt
Fortune: 1.902.345.865 €
Signalement: actionnaire de la chaîne de magasins Colruyt, réputés pour le faible coût des marchandises et... des salaires du personnel.
Impôt: 38 millions d'euros.

David est au Colruyt avec ses deux filles pour la rentrée des classes. Il doit prévoir 150 euros pour la grande (en primaire) et 50 euros pour la petite (en maternelle). En plus de tous les frais exigés par l'école. A la radio, il vient d'entendre la ministre Arena expliquer que pour entretenir les bâtiments scolaires, le budget disponible est beaucoup trop maigre: 30 millions d'euros. Pourtant un impôt sur la seule fortune des Colruyt rapporterait déjà 38 millions.

Nom: famille De Clerck
Fortune: 1.437.712.000 €
Signalement: Aux commandes des entreprises Beaulieu et Domo, les De Clerck se sont construit une réputation incontestée en matière de fraude fiscale, escroqueries, blanchiments d'argent et aussi d'antisyndicalisme.
Impôt: 29 millions d'euros.

Domo, l'usine de Jan De Clerck, produit notamment les tapis de jeu Lego pour les enfants. Encore faut-il que les travailleuses de cette usine antisociale puissent caser leurs propres enfants, alors qu'il manque des places d'accueil pour la petite enfance (crèches, gardiennes, etc.). En imposant la seule famille De Clerck, on pourrait financer la création de 34.000 places d'accueil supplémentaires.

Nom: famille Saverys
Fortune: 1.355.567.760 €
Signalement: descendants de Bernard Boel, du même nom que les chantiers navals fermés à Tamise, Marc Saverys et sa soeur Virginie contrôlent la puissante Compagnie maritime belge (CMB).
Impôt: 27 millions d'euros.

La CMB des Saverys est un des acteurs majeurs du port d'Anvers, où les accidents de travail sont hélas assez graves et nombreux. En imposant la seule fortune des Saverys, on pourrait augmenter de 20% le budget servant à indemniser tous les accidentés du travail de Belgique.

> Top

Le top 20 des fortunes belges*

 

1. Familles Inbev

7.356.441.000€

 

2. Famille Solvay

2.076.976.530€

 

3. Famille Frère (Total, Suez)

2.018.513.058€

 

4. Famille Colruyt

1.902.345.865€

 

5. Familles Eternit

1.736.233.600€
6. Famille Lhoist
1.611.353.688€
7. Famille Emsens (SCR)
1.555.272.551€
8. Famille De Clerck (Beaulieu)
1.437.712.000€
9. Famille Saverys (CMB)
1.355.567.760€
10. Famille Janssen (UCB)
1.225.500.043€
11. Famille Delhaize
925.983.968€
12. Famille Boël (Sofina)
818.046.749€
13. Famille De Nul
548.717.225€
14. Famille Bekaert
547.146.232€
15. Famille d'Ieteren
532.292.225€
16. Famille Cigrang (Cobelfret)
476.505.000€
17. Famille Lippens (Fortis)
456.868.000€
18. Famille Vandemoortele
429.344.508€
19. Famille De Nolf-Claeys (Roularta)
408.353.146€

20. Famille Duchâtelet-De Winter (Elex)

402.109.955€

 

* Cette liste est tirée du top 100 calculé par Trends-Tendances (1/9/05). Les fortunes sont calculées sur base de la valeur boursière des participations détenues par les familles (et selon plusieurs paramètres comptables pour les sociétés non cotées en Bourse). A noter: lorsqu'un groupe est contrôlé par plusieurs familles (Inbev, par exemple), la liste ne les mentionne pas séparément.

> Top

L'impôt sur la fortune

Le PTB défend l'instauration d'un impôt annuel de 1% sur les fortunes de plus de 500.000 euros (20 millions de FB). Le taux s'élève à 2% sur la tranche qui dépasse 750.000 euros. Un tel impôt pourrait rapporter 11 milliards d'euros par an. Il devrait servir en priorité à refinancer la sécurité sociale et l'enseignement.

Par Gerald
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Lundi 11 septembre 2006

Comment des hypers
détruisent des emplois
Par Christian Jacquiau

 

La grande distribution va recruter 26500 personnes en 2005. Un chiffre qui ne dit pourtant rien des emplois détruits dans le commerce, des jobs délocalisés dans l'industrie ni de la pauvreté dans l'agriculture.

Chaque jour qui passe égrène son chapelet de délocalisations. Dans ce climat morose, la distribution annonce plus de 26500 postes à pourvoir en 2005 ! La presse reprend en choeur : 7 000 chez Carrefour, 5 000 chez Auchan, 1000 chez ED...
Ce discours de conquête masque une tout autre réalité : celle de recrutements motivés pour l'essentiel par un turn-over ultrarapide, véritable maladie endémique de la grande distribution. Mais aussi par un accroissement du nombre de points de ventes autorisés, aboutissant à accroître chaque année la surface de vente de quelques 3 millions de mètres carrés !
On détruit en silence d'un côté, on communique sur les recrutements liés aux nouvelles implantations de l'autre.
Pourtant, "recrutement" ne signifie pas toujours "création d'emploi" . Pour preuve, Monoprix recrute pour faire face à une forte croissance... de départs en retraite prévue entre 2004 et 2008. Dans son étude d'impact du projet de centre commercial d'Aubervilliers, un fief communiste, la délégation de Paris de la chambre de commerce estimait en septembre 2000 que 4 commerces sur 10 pourraient disparaître et que 1130 emplois seraient menacés. Pour ne parler que des suppressions directes. Un emploi créé en grande surface, c'est 3 à 5 emplois détruits ailleurs. Destruction dont on ne parle jamais.
Pour le seul troisième trimestre 2003, 4900 emplois ont disparu dans le commerce de détail dans l'ensemble du pays.
Face à ces destructions massives, l'argument de la création de postes d'hôtesses de caisse fait de moins en moins illusion. D'autant qu'elles s'accompagnent, dans le même temps, d'une véritable désertification industrielle : entre 1985 et 2004, l'industrie a perdu 1 million de postes (de 4,8 à 3,8 millions).

Une situation d'abus de position dominante

De combien d'emplois détruits la grande distribution est-elle responsable ? Personne n'a jamais cherché à le savoir, alors même qu'elle a refondé toute la chaîne producteur-consommateur sur un seul et unique critère : le prix. Voilà, par exemple, ce qu'écrit le sénateur UDF Jean Arthuis, ancien ministre des Finances, dans la revue Futuribles : "Le combat permanent pour casser les prix d'achat à travers des centrales d'achats [...] permet d'écraser les prétentions de leurs fournisseurs, tout en ménageant les marges des distributeurs. Les pratiques les plus contestables se répandent, marges arrière exorbitantes, menaces de déréférencement, chantages sordides. Nous sommes en face de véritables abus de position dominante. Les pouvoirs publics ne s'en émeuvent pas, car les prix vont baisser et les consommateurs, à défaut de travailler pour produire ce qu'ils consomment, se réjouiront de ces aubaines. [...] Les industriels tentent de résister, recherchent désespérément des gains de productivité, puis disparaissent ou délocalisent."
Le monde agricole, lui, subit des crises à répétition qui ne sont pas que conjoncturelles : 25 % des paysans ont un revenu inférieur au RMI, 40 % disposent de moins du Smic pour vivre ! Toutes les vingt minutes, un paysan français doit quitter sa ferme, toutes les trois minutes en Europe. Pendant ce temps, la PAC (Politique agricole commune) subventionne les plus nantis. En Espagne, 150 000 clandestins travaillent pour une rémunération horaire de 2,41 € . De Forcalquier à Gap, des travailleurs fantômes dorment sous des bâches en plastique et "travaillent par 50°C sous des serres où flottent les pesticides pulvérisés sans protection". Tout ça pour alimenter les linéaires de nos distributeurs préférés. L'effet est ravageur.
Dans les hypermarchés et les supermarchés, la situation n'est guère plus enviable. Déjà précarisées et sous-payées, soumises à des contraintes horaires insupportables, les caissières (qui représentent aujourd'hui l'essentiel des effectifs de la distribution) devraient être amenées, elles aussi, à disparaître. Remplacées par des caisses automatiques. Une puce électronique a déjà pris place sur les étiquettes des produits que nous achetons. Officiellement pour éviter le vol. En fait pour permettre au client de se débrouiller sans caissière. La puce contient bien plus d'informations que les codes-barres. Finies, les manipulations à la caisse. On arrête son Caddie sur l'espace repéré au sol. Des rayons le traversent de part en part. Et l'addition est faite.
Parallèlement, un nouveau concept, baptisé "magasin de convenience", fonctionnant sans aucune intervention humaine, apparaît çà et là au cœur de nos villes. Ils fleuriront bientôt dans nos campagnes. Ces énormes distributeurs automatiques n'ont besoin que 35 m2 et de 5 m de vitrine pour trouver leur place dans notre paysage quotidien. La garantie, pour les exploitants, de ne pas débourser un seul centime en charges sociales. En deux ans, l'investissement est rentabilisé !

Une régression sociale sans précédent

La grande distribution est un formidable accélérateur de la mondialisation néolibérale. Au nom de la libre concurrence et des prix bas, nous en sommes arrivés à accepter, sans broncher, une régression sociale sans précédent. Après soixante années de croissance et de création de richesse... la France n'aurait plus les moyens de sa protection sociale : trou de la Sécu, excédents de charges et trop-plein de dépenses publiques. Mais au fait, quel est le problème ? Trop de prestations ou... trop peu de recettes ? Moins de commerçants et d'artisans, moins de paysans, moins d'emplois dans les entreprises, c'est au final moins de cotisations salariales et patronales. Donc moins de retraites, moins de prestations sociales et moins de services au public. Commerce, industrie, agriculture, services... les mêmes causes produisent les mêmes effets. Nous sommes loin du débat poujadiste opposant le petit au grand commerce. Le sujet de la grande distribution est transversal. Désormais, étudiants, retraités, fonctionnaires, professions libérales, paysans, commerçants, artisans et chefs d'entreprise sont sur le même bateau. Il s'agit là d'un véritable choix de société. Un jeu dans lequel le chacun pour soi ne peut que conduire au naufrage collectif. Mais le capitaine, comme l'équipage, regarde ailleurs. Et l'orchestre, inlassablement, continue à jouer "l'hymne à la consommation". Son unique partition.

Christian JACQUIAU
christian.jacquiau@club-internet.fr


Evolution du commerce de proximité en France de 1966 à 1998.
 
Nombre d’entreprises
Evolution 1966 / 1998

Type de commerce

1966

1998

+

-

Boulangerie - pâtisserie

40 200

22 400

17 800

Boucherie

50 500

14 700

35 800

Poissonnerie

4 700

2 100

2 600

Charcuterie

12 700

6 400

6 300

Epicerie, alimentation générale

87 600

13 800

73 800

Crémerie - fromagerie

4 600

1 100

3 500

Commerce de fleurs

5 900

9 900

4 000

Librairie, commerce de journaux

13 200

11 900

1 300

Horlogerie - bijouterie

8 900

3 800

5 100

Commerce de chaussures

9 000

4 300

4 700

Commerce de vêtements

47 900

27 500

20 400

Commerce d’appareils électroménagers

8 100

5 500

2 600

Quincaillerie, coutellerie

9 300

5 000

4 300

(source : LSA - n°1758 - 7 mars 2002)

L'AGCS dans les grandes surfaces ne va rien arranger

L'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS ) est l'un des plus redoutables accords de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), contraignant les pays membres à négocier jusqu'à la privatisation de tous leurs services publics. Parmi ses objectifs figure la levée de toutes les barrières au libre exercice du commerce mondial. Avec en ligne de mire : le droit du travail et la protection sociale ! Chaque branche d'activité est appelée à identifier les freins au développement des affaires dans son secteur. Les distributeurs n'ont pas été en reste : "La distribution, étant grosse consommatrice de main-d'œuvre (…) Les prescriptions en matière de nationalité applicables au personnel empêchent les entreprises de réduire au minimum les coûts de main-d'œuvre en recrutant à l'étranger".
En clair : "nous voulons pouvoir recruter des caissières au Pakistan, en Slovénie ou ailleurs, et les rémunérer selon les obligations et minima sociaux en vigueur dans leurs pays d'origine".

Christian Jacquiau

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Sur le même sujet :
Les coulisses de la grande distribution, conférence de Christian Jacquiau en MP3 (23Mo)
Planète en danger : Stop à l'AGCS

Sources
Première publication de cet article paru dans
Marianne n°400 Semaine du 18 décembre 2004 au 24 décembre 2004

http://www.marianne-en-ligne.fr/archives/e-docs/00/00/29/F8/document_article_marianne.md

Par Gerald
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