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Militaire

Samedi 22 avril 2006

Les Etats-Unis inventent la délocalisation de la torture

 

Tout le monde se félicite de la mise en accusation des responsables du coup d’Etat de 1973 au Chili ou des travaux de l’Instance équité et réconciliation au Maroc qui accumule les témoignages sur les « années de plomb » (lire « Le linge sale de la dictature chilienne » et « Une réconciliation si fragile au Maroc »). Pourtant, malgré ces révélations tardives, on continue de torturer à travers le monde. Et le 11-Septembre a servi de prétexte à la remise en question de l’Etat de droit en Occident. Alors que l’armée américaine vient de reconnaître la mort d’une trentaine de prisonniers confiés à sa garde en Afghanistan et en Irak, la CIA multiplie les opérations de « sous-traitance », envoyant des captifs dans les geôles du Maghreb ou du Proche-Orient, où la torture continue d’être d’usage courant.

  

Voici une étrange histoire qui met en scène un avion privé se servant de l’Allemagne comme base, un enlèvement en pleine rue dans un pays européen, des tortures pires que celles de Guantanamo et d’Abou Ghraib, avec pour acteurs un avocat, des espions et un terroriste présumé. Une histoire véridique. Et, si elle a pu avoir lieu, c’est parce que « la notion de droits humains est très souple », comme nous le confie un ancien agent de la Central Intelligence Agency (CIA) américaine.

L’affaire commence dans l’après-midi du 18 décembre 2001, peu après les attentats du 11-Septembre, alors que Me Kjell Jönsson, un avocat suédois spécialiste de l’immigration, parle au téléphone à l’un de ses clients, un demandeur d’asile égyptien du nom de Mohamed Al-Zery. « J’ai soudain entendu une voix intimant l’ordre à Al-Zery de mettre fin à la conversation téléphonique, se souvient Me Kjell Jönsson. La police suédoise était venue l’arrêter. »

L’avocat avait pourtant obtenu du gouvernement suédois la promesse qu’aucune décision hâtive ne serait prise et que la demande de statut de réfugié serait examinée sérieusement, M. Mohamed Al-Zery risquant d’être torturé à son retour au Caire. En trente ans de carrière, Me Kjell Jönsson n’a jamais assisté à une expulsion aussi rapide. Cinq heures après son arrestation, M. Mohamed Al-Zery quittait l’aéroport Brömma de Stockholm en compagnie d’un autre Egyptien également arrêté, M. Ahmed Agiza.

Cette affaire – qui ne fut révélée que deux ans plus tard – s’est déroulée dans le plus grand secret, grâce à la présence sur les pistes de Brömma d’un avion et d’une équipe d’agents américains. Ces derniers ont interpellé les deux suspects, les ont menottés, revêtus d’une combinaison orange et poussés dans l’avion après leur avoir administré une sorte de drogue. Qui étaient ces agents américains ? « Ils portaient des cagoules noires, mais pas d’uniforme, ils étaient en jeans, a déclaré Me Kjell Jönsson. La police suédoise chargée de la sécurité a affirmé qu’ils étaient très professionnels. » L’opération a pris moins de dix minutes. « Il est évident qu’ils n’en étaient pas à leur coup d’essai », a précisé l’avocat.

Pendant des mois, rien n’a filtré sur ces événements ni sur l’identité de ces agents américains cagoulés. Mais les signes d’inquiétude se multipliant en Suède, le Parlement a ouvert une enquête, et les documents publiés confirment ce qui s’est passé à l’aéroport et éclairent l’identité de ces agents. Dans l’un de ces rapports, M. Arne Andersson, qui a dirigé l’opération au sein des services de sécurité, admet qu’il n’avait pas réussi à obtenir un avion cette nuit-là : « Nous avons fini par accepter l’offre de nos amis américains, à savoir de nos homologues de la CIA, ce qui nous a permis de disposer d’un avion muni d’autorisations de survol direct de toute l’Europe et qui pouvait se charger de l’expulsion de façon très rapide. »

Le gouvernement suédois, qui a donné son accord au transfert des deux prisonniers en Egypte, affirme avoir obtenu l’assurance diplomatique que les deux hommes ne seraient pas soumis à des sévices et qu’ils pourraient recevoir des visites régulières de diplomates du consulat suédois au Caire. Mais la Suède s’est bien gardée de faire connaître les mauvais traitements dont se sont plaints les prisonniers. Les autorités ont au contraire déclaré au Parlement et à un comité des Nations unies que les prisonniers n’avaient jamais formulé de telles accusations. En réalité, dès qu’ils purent recevoir une visite dans leur prison, les deux hommes déclarèrent qu’ils avaient été gravement torturés. Selon Me Kjell Jönsson, « Al-Zery a été victime d’actes de torture. Il a été placé dans une cellule minuscule et glacée, il a été battu. C’est à l’électricité qu’il a été le plus gravement torturé, des électrodes étant placées sur toutes les zones sensibles de son corps à de nombreuses reprises, sous la surveillance d’un médecin ».

M. Mohamed Al-Zery a été libéré depuis et n’a fait l’objet d’aucune inculpation. Mais il n’a pas le droit de quitter l’Egypte ni de s’exprimer publiquement sur son séjour en prison. M. Ahmed Agiza est toujours incarcéré. Interrogée au Caire, sa mère, Mme Hamida Shalibai, qui l’a vu en prison à de nombreuses reprises, nous a rapporté : « Lorsqu’il est arrivé en Egypte, on l’a emmené, cagoulé et menotté, au sous-sol d’un bâtiment. Ils ont alors commencé l’interrogatoire et les sévices. Dès qu’ils n’obtenaient pas de réponse à une question posée, ils lui administraient des chocs électriques et le frappaient. (...) Pendant le premier mois d’interrogatoires, il était complètement nu. Il est presque mort de froid. »

La confirmation de l’implication des agents américains dans cette affaire suédoise et celle des actes de torture qui ont suivi ont fourni les premiers éléments de preuve concrets de ce que l’on soupçonnait depuis le 11-Septembre : les Etats-Unis sont impliqués dans l’organisation d’un trafic mondial de détenus. Les enquêtes officielles et journalistiques à travers le monde démontrent que les Etats-Unis organisent systématiquement la déportation de militants islamistes dans des pays du Maghreb et du Proche-Orient, où ils courent le risque de subir le type d’interrogatoires musclés que les agents américains ne sont pas autorisés à pratiquer eux-mêmes. Certains qualifient ce système de « torture par procuration ».

Les transferts de terroristes présumés enlevés par les Américains ont eu lieu non seulement dans les zones de conflits comme l’Afghanistan et l’Irak, mais dans le monde entier, que ce soit en Bosnie, en Croatie, en Macédoine, en Albanie, en Libye, au Soudan, au Kenya, en Zambie, au Pakistan, en Indonésie ou en Malaisie. Le terme employé officiellement par la CIA pour désigner ce système est celui de « restitution extraordinaire », et aucun responsable américain en fonction ne s’aventurera à aborder le sujet en public. En revanche, un ancien responsable haut placé de la CIA, M. Michael Scheuer, qui a dirigé à la fin des années 1990 l’unité chargée de traquer M. Oussama Ben Laden et qui n’a quitté l’agence qu’en novembre 2004, en a livré une explication détaillée lors d’une interview sur la BBC (1), confirmant que l’affaire suédoise faisait partie d’un système beaucoup plus vaste.

Selon lui, « la pratique consistant à intercepter des personnes et à les transférer dans des pays tiers a été mise au point parce que l’exécutif a assigné la tâche de désorganiser et de démanteler les cellules terroristes et d’en arrêter les membres. Quand la CIA a ensuite demandé aux décideurs où ils voulaient mettre ces terroristes, on lui a répondu : c’est votre boulot. Nous avons donc mis au point ce système pour aider les pays dont la justice recherche des personnes inculpées ou condamnées, en arrêtant ces personnes à l’étranger et en les ramenant dans le pays où elles sont poursuivies ».

 

Un avion privé pour les suspects

Avocate auprès du Centre pour les droits constitutionnels (Centre for Constitutional Rights), Me Barbara Olshansky fait partie de ceux qui enquêtent sur le système de « restitution extraordinaire », tant à partir de cas particuliers que sur les fondements juridiques du système. Les Etats-Unis, explique-t-elle, n’utilisent pas seulement des pays tiers pour interroger des prisonniers, mais aussi les centres de détention off-shore placés sous le contrôle de la CIA. Selon l’avocate, voila plus d’un siècle que les Etats-Unis interceptent des fugitifs hors de leur juridiction et les rapatrient sur le sol américain pour les traduire en justice. L’ancien président du Panamá, M. Manuel Antonio Noriega, en est un cas exemplaire (2). Mais il s’agissait alors de « restitution » ordinaire.

Or depuis que la CIA est engagée dans la lutte contre Al-Qaida, et surtout depuis le 11-Septembre, la notion de « restitution extraordinaire » est apparue, selon laquelle le prisonnier n’est pas arrêté pour être envoyé aux Etats-Unis, mais pour être transféré ailleurs. « La pratique de la restitution a commencé à l’origine dans les années 1880, explique Mme Olshansky. Les Etats-Unis recouraient à tous les moyens pour récupérer une personne afin qu’elle soit jugée par un tribunal américain. L’important, c’était que cette personne soit traduite devant un tribunal. Aujourd’hui, l’idée est entièrement dénaturée. La restitution extraordinaire signifie que les Etats-Unis arrêtent des personnes et les envoient dans certains pays pour y subir des interrogatoires sous la torture (...). Sans qu’aucune intervention de la justice ne soit prévue. »

Fait surprenant : la CIA et d’autres services américains ont fréquemment utilisé des avions privés pour transférer les suspects arrêtés. Nous avons obtenu les journaux de bord d’un de ces avions, un Gulfstream-V long courrier privé, qui semble se trouver au centre du trafic. Depuis 2001, l’avion a sillonné le monde pour se rendre dans plus de 49 destinations situées hors du territoire américain. Il s’est fréquemment rendu en Jordanie, en Egypte, en Arabie saoudite, au Maroc et en Ouzbékistan – autant de pays où les Etats-Unis ont transféré des suspects pour les faire incarcérer.

Cet avion de couleur blanche comporte comme unique inscription son numéro d’immatriculation comme avion civil – N379P jusqu’à une date récente. La preuve est faite qu’il a été utilisé pour expulser les deux Egyptiens de Suède en décembre 2001. L’avion a également été remarqué à Karachi, au Pakistan, en octobre 2001, où des témoins ont vu un groupe d’hommes masqués embarquer un terroriste présumé à son bord à destination de la Jordanie.

Selon M. Robert Baer, ancien officier clandestin de la CIA, qui a pris connaissance de ces journaux de bord, le Gulfstream est bien impliqué dans les opérations de « restitution ». Cet officier, au service de la CIA sur le Proche-Orient pendant vingt et un ans et jusqu’à son départ de l’agence, au milieu des années 1990, a expliqué que ce type d’avion civil s’avérait utile pour l’agence, car il ne comportait aucune inscription militaire. « Vous pouvez faire marcher ces trucs-là à partir d’une société écran. Vous les assemblez, vous les démontez quand ils sont repérés, vous faites ça en une nuit – vous changez d’avion si nécessaire. C’est une pratique assez courante. »

D’après M. Baer, chaque pays présente un intérêt : « Si vous envoyez un détenu en Jordanie, l’interrogatoire sera meilleur. Si vous l’envoyez en Egypte, par exemple, vous ne le reverrez probablement plus jamais. Pareil pour la Syrie. » Des pays comme la Syrie apparaissent comme des ennemis des Etats-Unis, mais sont restés des alliés dans la guerre secrète contre les militants islamistes. « Au Proche-Orient, la règle est simple : l’ennemi de mon ennemi est mon ami, et c’est comme cela que ça marche. Tous ces pays pâtissent d’une façon ou d’une autre de l’intégrisme islamiste, de l’islam militant », affirme M. Baer. Pendant des années, les Syriens ont proposé aux Américains de travailler avec eux contre les islamistes. « Ces offres ont été repoussées jusqu’au 11-Septembre. Nous évitions généralement les Egyptiens et les Syriens en raison de leur brutalité. » L’ancien responsable de la CIA estime que l’agence a recours à des « restitutions » depuis des années. Mais, après les attentats du World Trade Center, elles sont devenues systématiques et pratiquées à une vaste échelle. D’après M. Baer, des centaines de personnes auraient été enlevées et envoyées par les Etats-Unis dans des geôles du Proche-Orient – plus encore qu’à Guantanamo. « Le 11-Septembre a été le prétexte pour faire litière de la convention de Genève, affirme-t-il. Cette date a marqué la fin de la primauté du droit telle que nous l’avions connue en Occident. »

Pour certains de ses défenseurs au sein du gouvernement américain, la « restitution » vise uniquement à éradiquer le terrorisme. Une fois qu’un terroriste présumé a été renvoyé en Egypte, par exemple, les Etats-Unis se désintéressent de ce qui se passe. Mais le cas d’un suspect australien, M. Mamdouh Habib, montre que ces « restitutions » ont aussi pour objectif de recueillir des renseignements – au moyen d’actes de torture auxquels les agents américains n’ont officiellement pas le droit de recourir. Cet ancien gérant d’un café de Sydney, en Australie, a été arrêté un mois après le 11-Septembre au Pakistan, près de la frontière afghane. Bien que citoyen australien, M. Mamdouh Habib fut rapidement livré à des agents américains, qui le transférèrent au Caire. C’est là, explique son avocat américain, le professeur Joe Margulies, du MacArthur Justice Center de l’université de Chicago, qu’il a été continuellement torturé pendant six mois.

« Les sévices étaient indicibles, affirme Joe Margulies. M. Habib était régulièrement battu. On l’emmenait dans une pièce où il était menotté, et on remplissait la pièce d’eau jusqu’à ce que le niveau atteigne son menton. Vous imaginez la terreur que vous éprouvez à l’idée de savoir que vous ne pouvez vous échapper ? » Une autre fois, il a été suspendu à un mur. « Ses pieds reposaient sur un tambour traversé par une barre de métal. Lorsque ses tortionnaires faisaient passer du courant électrique dans le tambour, il recevait une décharge et devait relever ses pieds, et on le laissait suspendu par les mains. Cela a continué jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Pendant son interrogatoire, Mamdouh Habib a avoué son appartenance à Al-Qaida et a signé tous les documents qui lui ont été présentés. »

M. Habib a ensuite été renvoyé en garde à vue aux mains des Américains, d’abord en Afghanistan, puis à Guantanamo. Les aveux qu’il avait signés en Egypte ont alors été utilisés contre lui par des tribunaux militaires. Il a finalement été libéré de Guantanamo en janvier 2005 et a regagné l’Australie à la suite des protestations publiques formulées entre autres par son avocat contre les sévices qu’il avait subis. Le gouvernement australien a affirmé qu’aucun chef d’inculpation ne serait retenu contre lui, bien que des agents de renseignement l’accusent toujours d’appartenir à Al-Qaida.

La plupart des suspects qui ont été envoyés par les Etats-Unis dans des prisons au Proche-Orient ne peuvent pas révéler ce qui leur est arrivé ni la façon dont ils ont été traités. Mais les faits rapportés par un ressortissant canadien, M. Maher Arar, un technicien en téléphonie mobile que les Américains ont fait incarcérer dans une prison syrienne, et qui est aujourd’hui libre de s’exprimer, confirment que les prisonniers sont envoyés à l’étranger pour y être interrogés. En septembre 2002, alors qu’il changeait de vol à l’aéroport JFK de New York pour rentrer chez lui à Ottawa, après des vacances en Tunisie, M. Arar a été appréhendé (3). Né en Syrie, mais citoyen canadien, M. Arar pensait rentrer rapidement chez lui. Après douze jours de détention, il s’est retrouvé, enchaîné, à bord d’un avion privé. « Dans cet avion équipé de fauteuils en cuir, je me suis demandé ce qui pouvait bien me valoir un tel traitement de faveur. Quel genre d’informations pouvais-je leur livrer ? »

Conduit au quartier général de la police secrète syrienne, M. Arar rapporte avoir été placé dans une cellule à peine plus grande qu’un cercueil, où il est resté pendant plus de dix mois, et avoir été torturé : « L’interrogateur m’a demandé d’ouvrir la main droite et m’a frappé sauvagement. La douleur était telle que j’ai commencé à pleurer, et il m’a alors ordonné d’ouvrir la main gauche. Il a manqué son coup et m’a frappé le poignet. Il m’a ensuite posé des questions. Quand il pensait que je ne disais pas la vérité, il me frappait de nouveau. Cela pouvait durer une heure ou deux. Il leur arrivait de me laisser seul dans une pièce d’où je pouvais entendre des personnes que l’on torturait. »

Une année presque jour pour jour après avoir été placé en détention en Syrie, M. Arar a été libéré et ramené à Ottawa par avion. Aucun chef d’accusation n’a été retenu contre lui, ni par le Canada ni par la Syrie. Au Canada, son cas a provoqué un tollé politique, et une enquête publique a été ouverte. Comme beaucoup de victimes de la torture moderne, M. Arar ne porte pas de traces physiques des sévices qu’il a subis. Ses cicatrices sont avant tout d’ordre psychologique.

M. Alex Neve, responsable d’Amnesty International au Canada, est convaincu que, pour plusieurs raisons, M. Arar dit la vérité sur la façon dont il a été traité : « Au cours de mes nombreuses années de travail avec Amnesty International, j’ai interrogé des rescapés de la torture ici au Canada, dans des camps de réfugiés, des personnes qui sortaient tout juste de prison, et j’ai trouvé que son expérience personnelle correspondait à ce que je savais, à ce que j’avais appris en parlant à d’autres victimes. »

Qui donc est responsable de ce système de « restitution extraordinaire » ? Qui le cautionne dans les couloirs du pouvoir à Washington ? Nous nous sommes rendus à Fall’s Church, en Virginie, où réside M. Michael Scheuer, pour en savoir plus sur les méthodes employées dans la guerre contre le terrorisme et lui demander pourquoi, lorsqu’il était à la tête de l’unité de la CIA chargée de retrouver M. Ben Laden, la « restitution » était devenue un procédé courant. M. Scheuer ne mâche généralement pas ses mots : il a rédigé deux ouvrages sur Al-Qaida – sous le nom de plume d’« Anonyme » alors qu’il appartenait à la CIA –, dont le dernier en date s’intitule Imperial Hubris (« Orgueil impérial »). Mais il ne s’était jamais exprimé avec une telle franchise sur un sujet aussi délicat.

Il a souligné que toutes les opérations de « restitution » étaient approuvées par des avocats. « Il existe un vaste service juridique au sein de la CIA, et une section du département de la justice est chargée de donner au travail de renseignement une base juridique, de même qu’il existe une équipe d’avocats au sein du Conseil national de sécurité. Ces avocats travaillent d’une manière ou d’une autre sur toutes ces affaires et valident la procédure. L’idée qu’il s’agirait d’une pratique scélérate imaginée par un individu est tout simplement absurde. » M. Scheuer se souvient que, lorsqu’il organisait ce type d’opérations, le feu vert devait venir du directeur de la CIA ou du directeur adjoint. « C’étaient tout simplement les numéros un et deux de la communauté du renseignement qui signaient. »

Pas d’états d’âme sur les risques de sévices

A chaque fois qu’une opération de « restitution » avait lieu, l’ancien agent était convaincu que la personne concernée « méritait qu’on la retire de la circulation ». Mais « il est impossible de ne pas faire d’erreur dans le travail d’espionnage et de renseignement. Ces opérations n’ont jamais été menées de manière dilettante. Il s’agissait d’un travail on ne peut plus sérieux, et si on se trompait, on se trompait. Les faits se retournaient contre nous ».

 

Quant aux risques de sévices que couraient les suspects, M. Scheuer n’a pas d’états d’âme : « Le fond du problème est là : retirer de la circulation toute personne dont vous êtes sûr qu’elle est impliquée ou qu’elle envisage de s’impliquer dans des opérations pouvant faire des victimes américaines représente une action qui en vaut la peine. » Même si la personne risque d’être torturée ? « Ce n’est pas nous qui les aurions torturés. Et le tableau qu’on a dressé de la torture en Egypte et en Arabie saoudite a fortement subi l’influence de Hollywood. Il est assez hypocrite de se préoccuper de ce que les Egyptiens font à des gens qui sont des terroristes et de ne pas condamner les Israéliens pour ce qu’ils font à des gens qu’ils considèrent comme des terroristes. Les droits humains sont une notion très souple. Tout dépend du degré d’hypocrisie pour lequel vous optez tel ou tel jour. »

Pour rendre justice à M. Scheuer, précisons qu’il se pose tout de même des questions sur la « restitution » comme tactique à long terme. Il estime que c’est en partie à cause de régimes autoritaires comme l’Egypte et la Jordanie que l’extrémisme islamiste existe et que, d’un point de vue stratégique, le fait de travailler aussi étroitement avec ces régimes n’a pas grand sens. « L’arrestation de n’importe quel suspect représente un succès technique, mais nous perdons sur le plan stratégique en raison, essentiellement, de notre soutien aux dictatures dans le monde musulman. »

Cependant, ajoute-t-il, que peuvent faire les Etats-Unis de ces détenus ? Les dirigeants politiques ne veulent pas que des terroristes soient ramenés sur le sol américain et jugés par des tribunaux américains. « Il y a beaucoup de situations dans le monde où nous n’avons pas énormément de choix, et, parfois, nous sommes forcés de travailler avec le diable. » Tant que les décideurs ne se prononcent pas sur la manière de traiter ces prisonniers dans le cadre du système juridique américain, la CIA n’a d’autre choix que de « faire ce qu’elle peut avec les moyens du bord ».

Selon M. Scheuer, le nombre de « restitutions » de présumés terroristes sunnites par la CIA s’élèverait à cent. Mais d’autres, parmi lesquels M. Baer, estiment que le chiffre est en réalité beaucoup plus élevé. Ils pensent que, à la suite du 11-Septembre, le département de la défense de M. Donald Rums-feld s’est également livré à des transferts de détenus dans le monde entier et que l’armée américaine a envoyé des centaines de prisonniers dans des geôles du Proche-Orient.

Le ministère de la défense et la CIA refusent de parler du système de « restitution ». Mais nous avons interrogé Mme Danielle Pletka, vice-présidente de l’American Enterprise Institute, un groupe de réflexion qui partage les idées de l’administration Bush. « Je ne suis pas vraiment une fan de la torture », nous a-t-elle déclaré, en précisant qu’elle désapprouvait la manière dont la Syrie ou l’Egypte géraient leurs prisons et leur système de sécurité. Mais « il y a des cas, en temps de guerre, où il est nécessaire de faire les choses d’une façon que réprouvent totalement la plupart des gens honnêtes. Je ne veux pas dire que les Etats-Unis se livrent systématiquement à ce genre de pratiques, parce que je ne crois pas du tout que ce soit systématique. Cela dit, s’il faut absolument trouver quelque chose à un moment donné, il faut absolument le trouver, et ce n’est pas au “Club Med” que cela va se faire. »

Si l’on écarte un moment les considérations d’ordre moral ou d’efficacité, dans quelle mesure ces opérations sont-elles légales ? Mme Pletka nous a répondu que, n’étant pas avocate, elle ne pouvait pas se prononcer sur ce point. La convention des Nations unies contre la torture, ratifiée par les Etats-Unis et soutenue par le président George W.Bush, stipule qu’« aucun Etat partie n’expulsera, ne refoulera ni n’extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture ». Et tous les ans, le département d’Etat américain condamne les violations des droits humains et les actes de torture commis dans des pays comme l’Egypte, la Syrie et l’Arabie saoudite. Le rapport de l’an dernier sur l’Egypte, par exemple, notait que la torture y était « courante et persistante ».

Comment la « restitution » peut-elle être légale ? Personne n’a souhaité nous répondre au département de la justice. Pour le moment, le fondement juridique de cette pratique par les Etats-Unis relève du secret d’Etat. Mais, si Washington demeure officiellement évasif, il se pourrait que la menace grandissante d’avoir à rendre des comptes devant des tribunaux y soit pour quelque chose. En plus du risque de poursuites devant des tribunaux américains, des enquêtes ont été ouvertes sur des enlèvements présumés par la CIA sur le sol européen. L’Allemagne fonctionne comme une base clé des avions de la CIA qui effectuent les expulsions dans le cadre des « restitutions ». Les journaux de bord consultés font ainsi apparaître de nombreuses escales du Gulfstream et d’un Boeing 737 utilisé aux même fins à l’aéroport de Francfort.

Enlèvement américain en Italie

Une enquête judiciaire a été ouverte en Allemagne sur le cas de M. Khaled El-Masri, un citoyen allemand résidant à Ulm, qui affirme avoir été enlevé à Skopje, en Macédoine, le 31 décembre 2003. Il a été transféré par avion trois semaines plus tard dans une prison américaine en Afghanistan, où il aurait été battu à de nombreuses reprises avant d’être libéré quatre mois plus tard et abandonné le long d’une route en Albanie. Ses affirmations ont paru peu plausibles dans un premier temps, mais les journaux de bord indiquent clairement qu’il a bien été transporté à Skopje le 23 janvier 2004 à bord du Boeing 737 de la CIA. Ces documents prouvent que l’avion, en provenance de Majorque, a embarqué M. Khaled El-Masri à Kaboul via Bagdad. Ces faits risquent de mettre la CIA dans une situation délicate vis-à-vis de ses homologues allemands, qui seront peut-être obligés de qualifier le cas de M. Khaled El-Masri d’enlèvement illégal.

En Italie, une enquête judiciaire est également en cours concernant le rapt dans une rue de Milan, en plein jour, d’un militant présumé d’Al-Qaida. Des agents américains sont soupçonnés d’avoir enlevé ce suspect sans aucun mandat, dans un pays qui fait partie des alliés européens les plus proches des Etats-Unis.

C’est dans la via Guerzona de Milan, à midi, le 16 février 2003, qu’un Egyptien du nom d’Abou Omar a disparu alors qu’il avait quitté son domicile pour se rendre à la mosquée, à dix minutes à pied. Selon un témoin, il a été arrêté dans la rue par trois hommes blancs, qui avaient garé une estafette sur le trottoir. M. Abou Omar était surveillé par les autorités italiennes, mais ces dernières ont nié avoir joué un rôle quelconque dans l’enlèvement. On suppose qu’il a été appréhendé par des agents américains, emmené à la base aérienne américaine Aviano et transféré en Egypte.

M. Armando Spataro, le procureur adjoint de Milan chargé de l’enquête, refuse, à ce stade, de montrer du doigt les Américains, mais il traite l’affaire comme un enlèvement et affirme être certain que M. Abou Omar se trouve actuellement en Egypte. Une participation américaine à cette opération, nous a-t-il précisé, « représenterait une grave violation du droit italien. Une telle action est absolument illégale ».

 

Stephen Grey

Par Gerald
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Samedi 22 avril 2006
Guerre nucléaire contre l'Iran
 


Le 10 fevrier 2006


La préparation d'une véritable guerre contre l'Iran au cours de laquelle des ogives nucléaires pourraient être utilisées est entrée dans sa phase finale. Les partenaires de la coalition qui comprend les USA, Israël et la Turquie sont "dans un état de préparation avancé". Le projet militaire a été approuvé par l'OTAN mais on ne connaît pas encore les modalités de la participation de l'Alliance aux attaques aériennes. Le fait que les USA et Israël préparent un holocauste nucléaire au Proche-Orient ne figure pas au programme des anti-guerre et des anti-mondialisation.

La préparation d'une véritable guerre contre l'Iran au cours des ogives nucléaires pourraient être utlisées est entrée dans sa phase finale. Les partenaires de la coalition qui comprend les USA, Israël et la Turquie sont "dans un état de préparation avancé". Divers exercices militaires sont effectués depuis le début de 2005. De leur côté, les forces armées iraniennes se sont livrées, en décembre, à d'importantes manœuvres dans le golfe Persique en prévision d'une attaque soutenue par les Etats-Unis. Depuis le printemps 2005, on assiste à une intense navette diplomatique entre Washington, Tel-Aviv, Ankara et le quartier général de l'OTAN à Bruxelles. Parmi les derniers événements, il faut mentionner le fait que le directeur de la CIA, Porter Goss, lors d'une mission à Ankara, ait demandé au Premier ministre turc Recep Erdogan 'un soutien politique et logistique en vue du bombardement de cibles nucléaires et militaires iraniennes'. Goss aurait demandé que les Services secrets turcs collaborent de manière particulière à la préparation et à la supervision de l'opération.[1]

Ariel Sharon, quant à lui, a donné à l'armée israélienne le feu vert pour commencer les attaques fin mars.

"Tous les hauts responsables israéliens ont estimé que la fin mars était le dernier délai pour une attaque militaire contre l'Iran. Cette date coïncide avec celle de la remise à l'ONU du rapport de l'AIEA sur le programme d'énergie nucléaire de l'Iran. Des politiciens israéliens pensent que leurs menaces pourraient influencer les auteurs du rapport ou du moins les amener à utiliser des formulations ambiguës sur lesquelles leurs partisans d'outre- Atlantique pourraient s'appuyer pour demander que le Conseil de sécurité décide de prendre des sanctions ou pour justifier des opérations militaires israéliennes."[2]

Le projet militaire soutenu par les Etats-Unis a été approuvé par l'OTAN mais on ne connaît pas encore les modalités de la participation de l'Alliance aux attaques aériennes.

"Shock and Awe" deuxième version

Les différents aspects de l'opération militaire relèvent tous du commandement américain et sont coordonnés par le Pentagone et le quartier général de l'US Strategic Command sur la base aérienne d'Offutt dans le Nebraska. Les opérations annoncées par Israël doivent être menées en étroite collaboration avec le Pentagone. La structure de commandement est centralisée et c'est Washington qui décidera in fine de leur déclenchement. Des sources militaires américaines ont confirmé que l'attaque de l'Iran impliquera un important déploiement de forces semblable au bombardement "shock and awe" (choc et effroi, choquer pour inspirer le respect) de l'Irak en mars 2003.

Selon www.GlobalSecurity.org;;

 "Les attaques aériennes américaines seraient beaucoup plus importantes que l'attaque israélienne du centre nucléaire d'Osirak de 1981 en Irak et rappelleraient plutôt les premiers jours de la guerre aérienne de 2003 contre l'Irak. On pourrait, en utilisant tous les bombardiers Stealth B-2 basés à Diego Garcia ou aux USA et peut être également des Stealth-Fighter F-117 stationnés à Udeid au Qatar ou ailleurs, détruire les deux douzaines d'installations nucléaires suspectes. Les stratèges militaires pourraient dresser une liste de cibles en fonction des préférences du gouvernement américain en limitant les attaques aux installations les plus importantes… ou les USA pourraient opter pour un nombre beaucoup plus important de frappes dirigées contre un vaste éventail de cibles en rapport avec des arsenaux d'armes de destruction massive et des forces armées classiques ou nucléaires susceptibles d'être utilisées pour contre-attaquer les forces américaines en Irak."[3]

En novembre, l'US Strategic Command a effectué un important exercice de "global strike plan" baptisé "Global Lightning". Il s'agissait de la simulation d'une attaque contre un "ennemi fictif" à l'aide d'armes classiques et nucléaires. Ensuite, il a annoncé un état de préparation avancé (cf. notre analyse ci- dessous). Alors que la presse asiatique pensait que l'ennemi fictif était en l'occurrence la Corée du Nord, le moment où a eu lieu l'exercice laisse plutôt supposer que celui-ci avait pour but de préparer une attaque contre l'Iran.
 

Consensus en faveur d'une guerre nucléaire

Au sein de l'Union européenne, aucune personnalité politique ne s'y est opposée. Des consultations entre Washington, Paris et Berlin sont en cours. Contrairement à l'invasion de l'Irak, qui fut refusée par la France et l'Allemagne au plan diplomatique, Washington a obtenu un consensus au sein de l'OTAN de même qu'au Conseil de sécurité. Ce consensus concerne également une guerre nucléaire qui pourrait affecter une grande partie du Proche-Orient et de l'Asie centrale. De plus, un certain nombre de pays arabes limitrophes sont aujourd'hui des partenaires tacites du projet militaire américano-israélien. En novembre 2004, les plus hauts commandants de l'armée israélienne ont rencontré, au quartier général de l'OTAN à Bruxelles, leurs homologues des six pays riverains de la Méditerranée – Egypte, Jordanie, Tunisie, Maroc, Algérie et Mauritanie. Un protocole de l'OTAN et d'Israël a été signé. A la suite de cette rencontre, les USA, Israël et la Turquie ont effectué des manœuvres communes au large de la Syrie. Et en février 2005, Israël a participé à des exercices militaires et à des manœuvres "antiterroristes" avec quelques pays arabes.

Les médias ont été unanimes à dire que l'Iran représentait une "menace pour la paix dans le monde". Le mouvement pacifiste a avalé ce mensonge. Le fait que les USA et Israël préparent un holocauste nucléaire au Proche-Orient ne figure pas au programme des anti-guerre et des anti-mondialisation. Les "frappes chirurgicales" sont présentées à l'opinion mondiale comme un moyen d'empêcher l'Iran de fabriquer des armes nucléaires. On nous dit que ce n'est pas une guerre mais une opération militaire de maintien de la paix qui consistera à bombarder les installations nucléaires iraniennes.

Les mini-nukes sont-elles sans danger pour les populations civiles?

En révélant certains détails du projet militaire, les articles de presse servent avant tout à masquer l'ampleur de l'opération militaire qui prévoit le recours préventif aux armes nucléaires tactiques. Le projet militaire repose sur la doctrine de la guerre nucléaire "préventive" de l'Administration Bush exposée dans la Nuclear Posture Review de 2002. On a recouru à une large désinformation médiatique afin de dissimuler les conséquences dévastatrices d'une utilisation d'ogives nucléaires contre l'Iran. Le fait que ces "frappes chirurgicales" soient effectuées avec des armes classiques et des armes nucléaires ne fait l'objet d'aucun débat. Depuis la décision du Sénat américain en 2003, les armes nucléaires tactiques (low- yield mini-nukes = mini-bombes nucléaires de faible puissance) de nouvelle génération dont la puissance explosive est égale à 6 fois celle de la bombe d'Hiroshima sont considérées comme "sans danger pour les populations civiles" parce qu'elles explosent sous terre.

Grâce à une campagne de propagande qui s'est assuré le soutien de spécialistes du nucléaire "qui font autorité", on présente les mini-nukes comme des instruments de paix et non de guerre. On en autorise l'emploi sur les champs de bataille. On prévoit de les utiliser dans la prochaine étape de la guerre américaine "contre le terrorisme" parallèlement aux armes classiques. Des membres de l'Administration américaine prétendent qu'on les emploiera comme des armes dissuasives crédibles à l'égard des Etats voyous (Iran, Corée du Nord). "Leur raisonnement est que les armes nucléaires existantes sont trop destructrices pour être employées en dehors d'une guerre nucléaire de grande envergure. Les ennemis potentiels s'en rendent compte, si bien qu'ils ne croient pas à la menace d'une riposte nucléaire. Les mini-nukes sont moins destructrices et il est donc plus probable qu'on y ait recours. Cela en fait un moyen de dissuasion plus efficace".[4]

A l'aide d'un raisonnement complètement faux, les armes nucléaires sont présentées comme un moyen de maintenir la paix et d'éviter les dommages collatéraux. Dans ce contexte, le Pentagone a laissé entendre que les mini-nukes, avec leur puissance de moins de 5000 tonnes, étaient sans danger pour les populations civiles, l'explosion ayant lieu sous terre. Toutefois, en ce qui concerne leur puissance explosive et les retombées radioactives potentielles, chacune de ces bombes représente une fraction importante de la bombe d'Hiroshima. On estime la puissance explosive des bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki à respectivement 15 000 et  21 000 tonnes.[5] Autrement dit, la puissance explosive des mini-nukes représente le tiers de celle de la bombe d'Hiroshima.

La nouvelle définition de l'ogive nucléaire a estompé la différence entre arme classique et arme nucléaire: Selon Hans Kristensen, du Nuclear Information Project, "c'est un ensemble (armes armes classiques et armes nucléaires). Il en résulte manifestement que l'arme nucléaire cesse d'appartenir à une catégorie à part, celle d'une arme de dernier recours, pour n'être plus qu'un outil parmi d'autres».[6]

Nous nous trouvons à un tournant dangereux: les stratèges militaires croient déjà à leur propagande: les manuels militaires prétendent que cette nouvelle génération d'armes nucléaires peut être utilisée "sans risques" sur les champs de bataille. Ce ne sont plus des armes de dernier recours. Les politiques ne s'opposent plus à leur utilisation. A ce propos, le sénateur Edward Kennedy a accusé le gouvernement Bush d'avoir développé "une génération d'armes nucléaires plus praticables". La communauté internationale a approuvé une guerre nucléaire au nom de la paix dans le monde. "Rendre le monde plus sûr", telle est la justification d'une opération militaire qui pourrait aboutir à un holocauste nucléaire. Mais les holocaustes nucléaires ne font pas la une des journaux.

Selon Mordechai Vanunu, le gouvernement israélien se prépare à utiliser l'arme nucléaire dans sa prochaine guerre contre le monde islamique. Là où je vis, les gens parlent souvent de l'Holocauste. Mais chaque bombe nucléaire, quelle qu'elle soit, représente un holocauste: elle peut tuer, détruire des villes, anéantir des peuples entiers.[7]

 
Unité de commandement pour des attaques sur terre et dans l'espace

Une attaque préventive avec des armes nucléaires tactiques serait coordonnée par l'US Strategic Command et l'Offutt Air Force Base au Nebraska en collaboration avec des unités de commandement des USA et de la coalition du golfe Persique, de la base militaire de Diego Garcia, d'Israël et de la Turquie. L'US Strategic Command a pour mandat de "superviser un plan d'attaque global" qui prévoit l'utilisation d'armes classiques et d'armes nucléaires. En jargon militaire, il doit "jouer le rôle d'un intégrateur global responsable d'opérations dans l'espace, d'information, de défense anti-missiles intégrée, de commandement et de contrôle globaux, de renseignement, de surveillance, de reconnaissance, d'attaque globale et de dissuasion stratégique…".

En juin 2005, au début des préparatifs de guerre contre l'Iran, l'US Strategic Command a été reconnu "premier commandement de l'intégration et de la synchronisation des efforts du ministère de la Défense en vue de la lutte contre les armes de destruction massive". Pour accomplir cette tâche, une toute nouvelle unité de commandement a été créée, la Joint Functional Component Command Space and Global Strike (JFCCSGS). Elle a pour mission de superviser le déclenchement d'une attaque nucléaire conformément à la Nuclear Posture Review (NPR) adoptée par le Congrès en 2002. Celle-ci prévoit l'utilisation préventive d'ogives nucléaires non seulement contre les Etats voyous mais contre la Russie et la Chine. Depuis novembre, le JFCCSGS doit, après les exercices militaires appropriés, "se trouver en état de préparation avancé". C'est ce qu'a déclaré début décembre l'US Strategic Command. Cette unité doit être capable "d'atteindre rapidement des cibles dans le monde entier, et cela en utilisant aussi bien des armes classiques que des armes nucléaires". Les exercices effectués en novembre concernaient "un pays fictif que l'on supposait être la Corée du Nord"[8].

"A partir du 18 novembre, la nouvelle unité (le JFCCSGS) remplit les conditions nécessaires pour pouvoir se dire opérationnelle." Une semaine avant cette annonce, l'unité achevait un exercice de poste de commandement baptisé Global Lightning, qui était lié à un autre exercice, appelé Vigilant Shield, dirigé par le North American Aerospace Defense Command (NORAD) qui est chargé de la défense anti-missiles en Amérique du Nord. "Après avoir effectué plusieurs nouvelles missions en 2002, l'US Strategic Command a été réorganisé afin d'assurer une meilleure collaboration et d'être plus attentif aux relations entre les différentes fonctions", a déclaré le capitaine de la Marine James Graybeal, premier porte-parole de l'US Strategic Command. "Avant le mois de mai de cette année, le JFCCSGS avait publié un concept d'opérations et commençait à préciser les conditions nécessaires à sa réalisation jour après jour et son processus de planification intégré. Les performances de l'unité pendant l'exercice Global Lightning ont montré qu'elle était prête à réaliser sa mission consistant à prouver ses capacités de frappe intégrée dans le monde et dans l'espace afin de dissuader les agresseurs et, si l'ordre en est donné, de vaincre l'adversaire au moyen de mesures globales communes visant à appuyer l'US Strategic Command de manière décisive", a-t-il ajouté sans donner de détails sur les "nouvelles missions" de cette unité de commandement qui compte environ 250 personnes.

Des spécialistes du nucléaire et des sources gouvernementales ont précisé qu'une de ses principales missions serait de mettre en oeuvre la Nuclear Posture Review de 2001 qui inclut une option consistant à attaquer des Etats voyous qui possedent des armes de destruction massive.[9]

Concept plan (CONPLAN) 8022

Le JFCCSGS est dans un état de préparation avancé en ce qui concerne le déclenchement d'attaques visant l'Iran ou la Corée du Nord. La mise en oeuvre opérationnelle d'une attaque globale est appelée Concept Plan (Conplan) 8022. Il est décrit comme étant "un plan concret que la Marine et l'Armée de l'air traduisent en attaques coordonnées de leurs sous-marins et de leurs bombardiers.(ibid.) COMPLAN 8022 est "le plan général des scénarios stratégiques préparés qui impliquent l'usage d'armes nucléaires". "Il est particulièrement centré sur les nouvelles formes de menaces – Iran, Corée du Nord – de même que sur les proliférateurs et les terroristes potentiels." Selon Kristensen, "rien ne permet de dire qu'ils n'utiliseront pas le CONPLAN 8022 à une échelle réduite contre des cibles russes ou chinoises». (cf. note 11)

La mission du JFCCSGS est de mettre en oeuvre le CONPLAN, c'est-à-dire de déclencher une guerre nucléaire contre l'Iran. Le Commandant en chef des Forces armées, en l'occurrence George W. Bush, chargerait le Secrétaire à la Défense qui, à son tour, chargerait les chefs d'état-major des trois armées d'activer le CONPLAN 8022. Ce dernier est différent des autres opérations militaires: il n'envisage pas le déploiement de forces terrestres. Il prévoit une opération à petite échelle. Un plan militaire typique comprend un mélange des trois armées – armée de l'air, marine et armée de terre – et prend en compte les aspects politiques et logistiques nécessaires au soutien de ces forces dans des opérations d'une certaine durée. Le plan d'attaque globale est offensif, il est déclenché par la perception d'un danger imminent et exécuté sur ordre du Président. (William Arkin, Washington Post, mai 2005)

A vrai dire, la capacité de pénétration en profondeur de la [bombe nucléaire] B61-11 est limitée. Des essais ont montré qu'elle ne pénétrait que jusqu'à quelque 20 pieds [environ 6,6 m] dans un terrain sec lorsqu'elle était larguée d'une altitude de 40 000 pieds [environ 13 km]. Même ainsi – elle s'enfonce dans le sol avant d'exploser – une proportion beaucoup plus grande d'énergie explosive, en comparaison avec les explosions en surface, a pour effet d'ébranler le sol. Toute tentative de l'utiliser en milieu urbain cependant occasionnerait des pertes humaines considérables. Même avec une bombe de faible puissance (moins d'une kilotonne), l'explosion creuserait un énorme cratère, éjectant des quantités de matières radioactives qui émettraient un rayonnement gamma léthal sur une vaste étendue. (www.fas.org/faspir/2001/v54n1/weapons.htm)
 

Le rôle d'Israël - Extension de la guerre

Depuis la fin de 2004, Israël stocke des armes classiques et nucléaires made in USA en prévision d'une attaque contre l'Iran. Ce stockage, financé par l'aide militaire américaine, était quasi terminé en juin 2005. Israël a reçu des Etats-Unis plusieurs milliers "d'armes intelligentes lancées depuis des avions" dont quelque 500 bombes anti-bunker qui peuvent également être utilisées comme vecteurs de bombes nucléaires tactiques. La bombe B61-11 est la "version nucléaire" de la BLU 113 classique. Elle peut être lancée à peu près de la même manière que es bombes anti-bunker classiques.[10] En outre, comme on l'a appris à la fin de 2003, des sous-marins Dolphin israéliens équipés de missiles Harpoon américains armés d'ogives nucléaires sont actuellement dirigés vers l'Iran.[11]

Fin avril 2005, vente à Israël de bombes antibunker GBU28. Au moment de la visite de Poutine en Israël, la Defence Security Cooperation Agency (Département américain de la Défense) a annoncé la vente à Israël de 100 nouvelles bombes anti-bunker fabriquées par Lockheed Martin. Les médias ont vu là "un avertissement à l'Iran à propos de ses ambitions nucléaires". La vente concerne les "Guided Bomb Unit-28 (GBU28) BLU-113 Penetrator" (qui comprennent l'unité de guidage WGU-36A/B et un équipement de soutien). La GBU-28 est décrite comme une arme spéciale prévue pour détruire des centres de commandement profondément enterrés. Le fait est que cette bombe compte parmi les armes classiques les plus meurtrières que l'on connaisse car elle peut tuer des milliers de civils. Elle a été utilisée lors de l'invasion de l'Irak en 2003. L'armée de l'air israélienne prévoit d'en équiper ses bombardiers F-15.
www.dsca.osd.mil/PressReleases/36-b/2005/Israël_05-10_corrected.pdf  )


Extension de la guerre

L'Iran a confirmé qu'il riposterait s'il était attaqué en lançant des missiles balistiques sur Israël (CNN, février 2005). Ces attaques pourraient aussi viser des installations militaires américaines en Irak et dans le golfe Persique, ce qui conduirait immédiatement à un scénario d'escalade militaire et à une guerre totale. Actuellement, il y a trois théâtres distincts d'opérations militaires: l'Afghanistan, l'Irak et la Palestine. Les attaques aériennes contre l'Iran pourraient contribuer à déclencher une guerre dans une vaste région comprenant le Moyen-Orient et l'Asie centrale. En outre, l'attaque prévue de l'Iran devrait également être envisagée en relation avec le retrait - opportun - des troupes syriennes du Liban qui a libéré un nouvel espace au déploiement de forces israéliennes. Et autre facteur à signaler: la participation de la Turquie à l'opération militaire américano- israélienne, qui résulte de l'accord conclu l'année dernière entre Ankara et Tel-Aviv.

Plus récemment, Téhéran a renforcé sa défense aérienne en achetant 29 systèmes anti-aériens russes Tor M-1. En octobre dernier, avec la collaboration de Moscou, "une fusée russe a placé en orbite un satellite espion, le Sinah-1".[12] Le Sinah-1 n'est que le premier de plusieurs satellites iraniens qui doivent être mis en orbite par les Russes au cours des prochains mois. Ainsi, l'Iran possédera bientôt un réseau de satellites constituant un système de préalerte en cas d'attaque israélienne, bien qu'il s'agisse là de peu de chose en regard des puissants espions aériens israéliens et américains capables de détecter les moindres mouvements de la barbe des mullahs de Téhéran. De plus, selon le Sunday Times, la Russie a signé à la fin du mois dernier un contrat d'un milliard de dollars portant sur la vente à l'Iran d'un système de défense moderne capable de détruire des missiles guidés et des bombes guidées au laser. Il sera opérationnel au cours des prochains mois.
 

Guerre terrestre

Bien que le CONPLAN n'envisage pas une guerre terrestre, les bombardements aériens pourraient y mener. Des troupes iraniennes pourraient passer la frontière avec l'Irak et s'opposer aux forces de la coalition en Irak. Des troupes israéliennes et ou des forces spéciales pourraient entrer au Liban et en Syrie. Actuellement, Israël prévoit d'effectuer des exercices militaires et de déployer des forces spéciales dans les régions montagneuses de Turquie qui jouxtent l'Iran et la Syrie, cela avec la collaboration du gouvernement d'Ankara. Ankara et Israël ont conclu un accord qui autorise ce dernier à effectuer des manœuvres dans les régions montagneuses de la Turquie situées à la frontière avec l'Iran.

Selon un journal des Emirats arabes unis, et conformément à l'accord conclu entre le chef d'état-major de l'armée israélienne Dan Halutz et des hauts responsables turcs, Israël va effectuer diverses manœuvres dans les régions situées aux frontières avec l'Iran et la Syrie. Citant certaines sources sans les nommer, le journal en question insiste sur le fait qu'Israël a formulé cette demande en raison des difficultés à passer un hiver dans les territoires montagneux près des frontières avec l'Iran. Deux unités vont participer à ces exercices dont la date n'a pas encore été fixée. Ce sont les plus importantes unités militaires spéciales d'Israël. Elles ont pour mission de combattre le terrorisme et sont spécialisées dans la guérilla Auparavant, la Turquie avait autorisé l'entraînement de pilotes israéliens dans la région jouxtant l'Iran. La nouvelle de l'accord a été diffusée au moment où des responsables turcs essaient d'échapper à l'accusation de coopérer avec les Etats-Unis dans des opérations d'espionnage à l'encontre de la Syrie et de l'Iran. Depuis la semaine dernière, la presse arabe a publié divers articles indiquant qu'Ankara est disposé, du moins en principe, à engager des négociations sur la mise à disposition de ses espaces terrestre et aérien pour des opérations dirigées contre l'Iran.[13]
 

Conclusions

Les conséquences de tout cela sont effrayantes. La "communauté internationale" a accepté l'éventualité d'un holocauste nucléaire. Les décideurs sont aveuglés par leur propre propagande. L'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord sont parvenues à un consensus concernant des attaques aériennes au moyen d'armes nucléaires tactiques sans prendre en compte leurs effets dévastateurs.

Cette aventure militaire motivée par la recherche du profit est une menace pour l'avenir de l'humanité. Ce qu'il faut dans les mois qui viennent, c'est un grand mouvement, national et international, qui brise la conspiration du silence, qui reconnaisse les dangers, qui mette ce projet de guerre au centre des débats politiques et de l'attention des médias, à tous les niveaux, qui exige des chefs politiques et militaires qu'ils prennent position contre cette guerre nucléaire patronnée par les Etats-Unis. En dernière analyse, ce qu'il faut, c'est de lourdes sanctions internationales à l'encontre des Etats-Unis et d'Israël.


Michel Chossudovsy est l'auteur du best-seller international "The Globalization of Poverty" (titre français: "La mondialisation de la pauvreté») qui a été publié en 11 langues. Il est professeur d'économie à l'Université d'Ottawa, canada, et directeur du Center for Research on Globalization (www.globalresearch.ca). Il collabore également à l'Encyclopaedia Britannica. Son dernier ouvrage est intitulé "America's War on Terrorism" (Global Research, 2005)

Publié sur Global Research le 3/1/06

Traduction Horizons et débats, Zurich
Par Gerald
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Lundi 7 août 2006

On nous avait fait croire jusqu’ici que le motif de la guerre déclenchée par Israël contre le Hezbollah et aussi le Liban était la capture de deux soldats Israéliens en territoire israélien le 12 Juillet. Or, il s’avère que rien n’est moins sûr.

Des rapports concordants de medias indépendants, ainsi que de l’Associated Press, mettent à mal la version officielle israélienne. En fait, Israël avait envoyé un commando dans le Sud Liban, qui fut attaqué près du village de Aitaa- al-Chaab, bien à l’intérieur du territoire libanais. C’est là qu’un blindé israélien fut détruit par le Hezbollah, tuant six soldats Israéliens et en capturant deux. Le reporter de l’Associated Press, Joseph Panossian, a écrit son article le 12 Juillet. Pour sa part, MSNBC a d’abord annoncé la capture des deux soldats Israéliens à l’intérieur du territoire libanais, pour finalement changer leur version quelques heures plus tard après l’annonce officielle du gouvernement israélien.

Mais la version officielle d’Israël est contredite également par les faits : Le blindé se trouve toujours dans le village de Aitaa al-Chaab et les Israéliens n’ont pu encore le récupérer.

On ne s’étonnera pas du procédé, tant la désinformation fait partie de la panoplie du parfait politicien véreux. On se rappelera, dans un tout autre contexte, que les nazis s’étaient servi du prétexte de l’incendie du Reichstag. Les sionistes semblent s’être inspiré du procédé, et apparemment les deux prétextes ont fonctionné. Ici, le Liban a été détruit et Israël peut impunément semer mort et dévastation sur le passage de son armée. Ehud Olmet et son accolyte Peretz sont décidément de bien vilains cocos.

Mais alors le motif tombe. Ce n’est pas Israël qui avait le droit de se défendre, mais les Libanais. La provocation est israélienne, et le tort va à Israël. Qui osera rétablir la vérité ? probablement personne. Car la loi du plus fort est toujours la meilleure. Ici, c’est la loi du tandem israélo-américain.

Le modèle américain appliqué en Irak est appliqué ici par Israël à l’égard du Liban : D’abord on détruit le pays, ensuite on installe un gouvernement inféodé. Ce qu’essaie de faire Bush en Irak, Olmert va essayer de le faire au Liban. Réussiront-ils ? En tous cas, ce scénario du modèle américain impliquait la disparition de Rafic Hariri, qui n’aurait jamais joué le jeu israélo-américain et qui avait le tort d’être Sunnite et pas Chrétien. À moins d’être d’une naïveté indécrottable, on doit plus que jamais douter que l’assassinat de Hariri soit le fait des Syriens. Eh oui ! La stratégie géopolitique revêt une importance telle que tous les coups bas sont permis, hélas.

Au-delà des provocations et des péripéties honteuses auquelles on assiste contre des civils palestiniens et libanais, il y a le fond du problème, il faut bien l’avouer. Et ce fond du problème dans la région n’est pas, hélas, que la crise israélo-palestinienne. Le fond du problème est la croisade enteprise contre l’Islam par l’occident. Quand Denis Jeambar, de l’Express, affirme dans son édito du 28 Juillet qu’"Israël doit gagner", il condense dans son intervention de moins d’une minute toutes les "bonnes raisons" pour lesquelles Israël doit éradiquer "le fascisme islamique". C’est cette conviction, partagée par les Américains depuis toujours et surtout depuis les administrations Bush, par beaucoup en Europe et surtout en Grande Bretagne, qui fait qu’on soutient Israël et qu’on autorise tout, y compris la disparition de facto du peuple Palestinien et les actes barbares de guerre au Liban.

Ce choix qu’on a fait en haut lieu a un corollaire : Celui de ne pas rechercher la paix mais au contraire de gagner par les armes contre Arabes et Musulmans dans la région. Et la période des cessez-le-feu semble terminée. On est parvenus au moment de vérité, celui où enfin cette région du Proche-Orient pourrait devenir "occidentale" en la purgeant de sa spécificité islamique séculaire. On laissera donc Israël commencer le travail, puis viendra l’appui militaire américain au Liban, l’instauration d’un régime libanais inféodé, de toute évidence chrétien et ni sunnite, ni chiite. Le fait que la majorité des Libanis soient musulmans ne semble pas compter dans le fantasme des occidentaux qui ont concocté ce happy ending.

Israël serait donc ce cheval de Troies de la croisade de l’Occident contre l’Islam, et c’est pourquoi on le soutient ainsi de façon inconditionnelle et indécente. Soit ! Mais il faudra bien un jour montrer ses cartes. Il semble que cette guerre au Liban, qui suit une intensification sans précédent des exactions contre les Palestiniens, marque le moment où les cartes s’abattent. Le tandem israélo-américain procède façon intelligente et incrémentale. La vieille tactique des Horaces et des Curiaces est employée. D’abord les Palestiniens, puis le Hezbollah au Liban, en essayant de ne pas affoler les Syriens. Israël redouble de précautions pour affirmer haut et fort que l’état hébreu ne vise surtout pas la Syrie. Si le fils Hassad croit celle-là il est qualifié pour l’élection de Monsieur Naïf ! Ainsi, Israël mobiliserait 30000 réservistes pour aider une des armées les plus fortes au monde, Tsahal, à se débarrasser de quelques centaines de miliciens du Hezbollah qui n’ont ni chars ni aviation de combat ?

Alors, ce gros mensonge d’israël n’est rien en comparaison du gros mensonge de l’occident. Toute cette comédie du "processus de paix", ces réunions de conciliation qui n’accouchent de rien ne sont que des habillages pour masquer la vérité. La vérité c’est que l’occident, qui a peur de l’Islam, a entamé contre lui une lutte à mort, et que les raisons en sont le pétrole et le choc des cultures et des civilisations. Une partie de l’humanité a déclaré la guerre à une autre partie de l’humanité. On s’empresse de présenter les choses comme si c’est l’Islam qui l’a fait. Rien n’est moins sûr ! Commencée au milieu du XXème siécle avec "Exodus", la nouvelle croisade s’accélère. On assiste aujourd’hui au remake des croisades du Moyen-Âge, en plus vicieux. À l’époque les motivations étaient religieuses. Aujourd’hui, elles trouvent leur origine dans la soif de domination et de conquête géopolitique et la peur de l’autre, dont la culture et l’appartenance à une civilisation différente en font un ennemi à détruire.

Ashoka ( oulala.com )

Par Gerald
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Dimanche 27 août 2006
LE TERRORISME INTERNATIONAL N'EXISTE PAS!
ANALYSE DU GÉNÉRAL LEONID IVASHOV

Le général Leonid Ivashov est vice-président de l'Académie des problèmes géopolitiques. Il fut chef du Département des Affaires Générales du Ministère de la Défense de l'Union Soviétique, Secrétaire du Conseil des Ministres de la Défense de la Communauté des États Indépendants (CEI), chef du Département de Coopération Militaire du Ministère de la Défense de la Fédération de Russie. Il était chef d'état-major des armées russes, le 11 septembre 2001.


Chef des armées russes lors des attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001, le général Ivashov sort de sa "réserve".
Lors de la conférence Axis for Peace organisée par le Réseau Voltaire dont nous avions parlé dans notre précédent numéro le général Ivashov expose la situation géopolitique actuelle ainsi :

Le terrorisme international n'existe pas! Les attentats du 11 septembre sont une mise en scène. Ce que nous voyons n'est qu'un terrorisme instrumentalisé par les grandes puissances et qui n'existerait pas sans elles. Plutôt que de feindre une "guerre mondiale au terrorisme", il avance que la meilleure manière de réduire les attentats se situe dans le rétablissement du droit international et la coopération pacifique entre les États aussi bien qu'entre leurs citoyens. Le terrorisme apparaît partout où s'exacerbent les contradictions, où intervient un changement de relations sociales ou de régime, où apparaît une instabilité politique, économique ou sociale, où se libèrent des potentialités agressives, où intervient la déchéance morale, où triomphent le cynisme et le nihilisme, où le vice se légalise et la criminalité explose.
C'est la globalisation qui crée les conditions pour ces phénomènes extrêmement dangereux. C'est dans son cadre qu'intervient le nouveau découpage de la carte géostratégique mondiale, que les ressources planétaires sont redistribuées, que les frontières des États sont défaites, que le système de droit international est mis en pièces, que les particularités culturelles sont effacées, que la vie spirituelle s'appauvrit…
Le terrorisme contribue à la réalisation d'une domination mondiale et à la soumission des États à une oligarchie mondialisée. Cela signifie que le terrorisme n'est pas un sujet indépendant de la politique mondiale mais simplement un instrument, un moyen d'instaurer un monde unipolaire ayant un seul centre de direction globale, un expédient pour effacer les frontières nationales des États et instaurer la domination d'une nouvelle élite mondiale. C'est justement cette nouvelle élite qui est le sujet-clef du terrorisme international, son idéologue et son "parrain".
Le terrorisme international actuel est un phénomène qui combine l'emploi de la terreur par des structures politiques étatiques et non étatiques comme moyen d'atteindre ses objectifs politiques par la voie de l'intimidation, par la déstabilisation sociale et psychologique de la population, par l'écrasement de la volonté de résister des organes du pouvoir et la création des conditions propices à la manipulation de la politique de l'État et de la conduite de ses citoyens.
Le terrorisme est l'instrument d'une guerre d'un nouveau type. Simultanément, le terrorisme international, en accord avec les média, devient le système de gestion des processus globaux. C'est précisément la symbiose des média et de la terreur qui crée les conditions permettant des tournants dans la politique internationale et des modifications de la réalité existante.
Si l'on analyse dans ce contexte les événements du 11 septembre 2001 aux États-Unis, on peut en tirer les conclusions suivantes :

1°) Les commanditaires de ces attentats sont les cercles politiques et les milieux d'affaires qui avaient intérêt à déstabiliser l'ordre mondial et qui avaient les moyens de financer cette opération. La conception politique de cet acte a mûri là où sont apparues des tensions dans la gestion des ressources - financières et autres. Les raisons de ces attentats doivent être recherchées dans la collision des intérêts du grand capital au niveau transnational et global, dans les cercles qui ne sont pas satisfaits par les cadences du processus de globalisation ou par la direction que ce processus prend.

2°) Seuls les services secrets et leurs chefs actuels ou retraités - mais ayant conservé de l'influence à l'intérieur des structures étatiques - sont capables de planifier, organiser et gérer une opération de telle ampleur. D'une manière générale, ce sont les services secrets qui créent, financent et contrôlent les organisations extrémistes. Sans leur soutien, de telles structures ne peuvent pas exister - et encore moins effectuer des actions d'une telle ampleur à l'intérieur de pays particulièrement bien protégés. Planifier et réaliser une opération de cette échelle est extrêmement compliqué.

3°) Oussama Ben Laden et "Al Qaïda" ne peuvent être ni les organisateurs ni les exécutants des attentats du 11 septembre. Ils ne possèdent ni l'organisation requise pour cela, ni les ressources intellectuelles, ni les cadres nécessaires. Par conséquent, une équipe de professionnels a dû être formée et les kamikazes arabes jouent le rôle de figurants pour masquer l'opération.

L'opération du 11 septembre a changé la marche des événements dans le monde, dans la direction qu'avaient choisie les oligarques internationaux et la mafia transnationale, c'est-à-dire ceux qui aspirent au contrôle des ressources naturelles de la planète, à celui du réseau d'information globale et des flux financiers. Cette opération a aussi joué le jeu de l'élite politique et économique des États-Unis qui aspire également à la domination globale

L'usage du terme "terrorisme international" vise à remplir les objectifs suivants :
1°) la dissimulation des buts réels des forces réparties à travers le monde, luttant pour la domination et le contrôle global ;
2°) le détournement des revendications des populations dans une lutte aux buts incertains contre un ennemi invisible ; la destruction des normes internationales fondamentales, l'altération conceptuelle des termes tels que : agression, terreur étatique, dictature ou mouvement de libération nationale ;
3°) la privation des peuples de leur droit légitime à la résistance armée contre l'agression et à l'action contre l'activité de sape de services spéciaux étrangers ;
4°) la renonciation à la défense prioritaire des intérêts nationaux, la transformation des objectifs dans le domaine militaire par un glissement vers la lutte contre le terrorisme, la violation de la logique des alliances militaires au détriment d'une défense conjointe et au profit de la coalition anti-terroriste ;
5°) la résolution des problèmes économiques par voie d'une contrainte militaire forte sous prétexte de la lutte contre le terrorisme

Pour stopper l'orchestration de cette terreur visant à une globalisation par la force, le général Leonid Ivashov préconise :
1°) un renforcement des principes de la Charte des Nations-Unies et du droit international devant être respectés par tous les États sans exception.
2°) former une union géostratégique de civilisation avec une autre échelle de valeurs que celle des Atlantistes.
3°) élaborer une stratégie de développement des États, un système de sécurité internationale, un autre modèle économico-financier (ce qui signifierait remettre le monde sur deux pieds).
4°) associer (sous l'égide de l'ONU) les élites scientifiques à l'élaboration et la promotion des conceptions philosophiques de l'Être humain du 21e siècle.
5°) organiser l'interaction de toutes les confessions religieuses du monde, au nom de la stabilité du développement de l'humanité, de la sécurité et du soutien mutuel…
Axis for Peace et Reseau Voltaire 9 Janvier 2006


Par Gerald
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