Procès 2

Publié le par Gerald

L’humiliation exploitée.

US soldier taking Saddam Hussein from his hiding place in ad-Dawr, 13 December, 2003

vendredi 19 décembre 2003, par Meursault 

Ici, en Amérique du Nord, Saddam rime depuis une bonne semaine avec « ad nauseam ». J’ai beau zapper d’une chaîne américaine à l’autre, de CNN à Fox News en passant par MSNBC, et sur toutes les télés locales, c’est toujours le spectacle navrant d’un dictateur déchu, hagard. Un homme dont on manipule la tête avec des gants blancs en caoutchouc (çà fait propre pour les mateurs aseptysés) pour, qui lui fourrer une spatule dans tous les recoins de la bouche, qui lui chercher d’hypothétiques poux dans la tête, en insistant bien.

 

Tiens, matez bien son profil droit, et le gauche, et maintenant ses trous de nez. Z’avez pas encore assez vu ? On le refait en boucle. Saddam, docile, se prête à ce jeu dont le spectacle dégradant est gênant pour ceux qui répugnent à humilier un être humain, fût-il un ignoble individu comme Saddam. On se demande même pourquoi on ne l’a pas mis à poil, histoire de filer des frissons aux vieilles rombières américaines et aux petites filles en chaleur. Dans l’ignoble on aurait pu aussi lui faire en Eurovision un toucher rectal pour voir s’il ne cache pas dans son postérieur les armes de destruction massive dont le prétexte a si bien servi les allumés tellement déterminés à faire cette guerre. Ce rituel du vainqueur sur le vaincu est avilissant et n’honore en rien ceux qui le pratiquent avec une telle insistance grossière, une telle vulgarité complaisante.

Les femmes et les filles des vaincus on les viole, les combattants vaincus on les massacre, et on humilie Saddam pour que les sondages s’envolent pour George Bush. En Amérique on peut voir les portraits de Bush sur tous les abribus, sur presque tous les panneaux de publicité. Pour Bush et son équipe, quelle aubaine !

Saddam, c’était après tout un président élu, d’un pays souverain. Un dictateur aussi, sûrement, et sanguinaire on ne peut le nier. Bref quelqu’un qui méritait d’être mis hors d’état de nuire. Chacun connaît les véritables raisons qui ont poussé Bush et ses complices à le chasser d’Irak. Trop d’enjeux alléchants, du pétrole irakien pour l’Amérique et les pétroliers texans, à l’eau pour irriguer Israël, à la base militaire stratégique bien pratique, alors que les Américains sortent d’Arabie Saoudite.

Ce qui gêne c’est l’insistance avec laquelle ses vainqueurs faciles veulent l’avilir et se moquer de lui, comme pour occulter l’angoisse existentielle des parents des Gis qui se font flinguer tous les jours. C’est tout bénéf !

Et, ce faisant, c’est aussi clairement le monde arabe et les Musulmans qu’on veut humilier. À force d’humiliations auxquelles on les contraint, de mépris pour eux, on les traite comme une sous-catégorie humaine. La même sorte de mépris qu’on fait subir aux Palestiniens depuis plus d’un demi-siècle. Quand donc comprendra t’on qu’on ne peut traîner dans la boue plus d’un milliard d’Arabes et de Musulmans. À force de les traiter comme des chiens on en fera des adversaires de plus en plus nombreux, et de plus en plus pugnaces et déterminés.

Quelle fin honteuse et piteuse pour Saddam ! Proie facile de la première puissance militaire mondiale, faire-valoir de Bush, prétexte pour satisfaire les convoitises de toutes sortes, symbole humilié d’un quart de l’humanité. Son procès et son exécution probable, hyper médiatisés, seront l’occasion pour les vainqueurs de faire diversion pour que leurs crimes à eux restent bien cachés, pour que leurs magouilles restent dans l’ombre. Un habile stratagème de cyniques, qui ne bernera que les imbéciles. Ou qui remplira d’aise ceux dont les motivations me sont pour le moins suspectes et partisanes.

Les voyeurs du monde entier se préparent déjà et se léchent les babines d’avance. Saddam sera exhibé comme dans un cirque. En attendant son ultime prestation, une exécution magistrale. Et tout le monde oubliera que ce tour de passe-passe masque la vrai réalité : Un Irak jadis souverain envahi, dont on a massacré les enfants, volé les richesses, devenu l’esclave d’une superpuissance avide et qui ne s’embarrasse pas de scrupules.

Algarath.

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Publié dans Politique

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